CHAPITRE II
Du ptiocipe d«s divers gouvernements.
J’ai dit que la nature du gouvernement républicain est que * le peuple en corps, ou de certaines familles, y aient la souveraine puissance; celle du gouvernement monarchitpie, que le prince y ail la souveraine puissance, mais qu'il l’exerce selon des lois établies; celle du gouvernement despotique, qu'un seul y gouverne selon ses voloiftés et ses caprices, il ne m’en faut pas davantage pour trouver leurs trois principes; ils en dérivent naturellement.’ Je commencerai par le gouvcrneinent républicain, et je parlerai d’abord du démocratique.
I. Cette distinction e»t Irès^impor- qnenees : elle est la clef d'une inBnilé de tante, et j'en tirerai bien des consé- lois.
CH.\l‘ITJUi III
Du principe de In démocratie.
Il ne faut pas beaucoup tle probitt* p<jui‘ qu’un gouvernement niunarcbi(|uc ou un gouvcrneaieut d(;s|)otiquc se niaintienncnt ou se soutiennent. La force des lois dans Tun, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent ou contieimeut tout. Mais, dans un Etat poimlaire, il faut un ressort de plus, ipii est la vertu.
Ce que je dis est conlirnié par le corps entier de l’Iiistoire, et est très-conforme à la nature des choses *. Car il est clair que, dans une luonarchie, où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus des lois, on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire, où celui qui fait exécuter les lois sent qu’il y est soumis lui-mème, et qu’il en portera le poids.
11 est clair encore que le monarque ijui, par mauvais conseil ou par négligence, cesse de faire exécuter les lois, peut aisément réparer le mal : il n’a qu’à changer de conseil ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque dans un gouvernement populaire les lois ont cessé d’être exécub-es, comme cela ne pevtt venirquede la corruption de la république, l’Etat est déjà |Mirdu.
Ce fut un assez beau spectacle, dans le siècle passé, de voir
1. On a toujours argunicnlo contre Montesquieu comme s’il eût dit qu'il n’y avoit que de la vertu dans les républiques et que de l’honneur dans les niouarcliies, on qu'il n’y avoit d'honneur iju.’ dans celles-ci et de vcrln que dans celles-là; mais il n’a dit ni l’un ni l’autre, et il est même fort étrange qu’on l'ait supposé, car c'étoit aussi le supposer capable d'nnc trop grande absurdité : mais In malveillance n’y regarde pas de si près. L’auteur s’est tôujnnrs renfermé et dans le mot et dans l’idée de principe général dt gouvernement ; et sans autre discussion je me contenterai d indiquer à la rélleiion ce même argument de l’eiiiérience , qni roc paroit décisif en sa faveur ; ce qui sert à fonder les Etats sert aussi à les maintenir. Or il est de fait que la rond.ation des républiques a été partout une époque de vertu , et dans les temps passés, et dans le nôtre. X’oyez les Domains au temps du premier' Briilus, les Suisses au temps de Guillaume Tell, les Hollandois au temps des Nassau, enfin les Américains de Washington. C’est le moment pii les hommes ont paru pins grands , et c’est ainsi qu’ils ont mérité d’être libres. C'est
dans cette lutte glorieuse de la liberté natnrellc et légale contre l’abus réel du pouvoir absolu qu’ont éclalé tous les prodiges de courage, de patience, de modération, de désintéressement, de fidélité, en un mot, ton! ce que nous admirons le plus dans rhistoire, et ce qui rend un peuple respectable aux yenx de la postérité. Il n’y a point d’exception à cette remarque, fondée d’ailleurs sur la nature des choses comme sur la constante uniformité des faits. Tout gouveriiunient est un ordre, cl nul ordre ne s’établit que sur la morale. Or le gou-, veruement républicain dépend principalement do l’esprit et du caractère du plus grand nombre, comme le gouvernement roval dépend éminemment du caractère d'nn seul, du roi ou du ministre qui règne. .Si le caractère général n’est pas bon, la chose publique sera donc mauvaise, comme le royaume ira mal si le prince est mauvais; avec cette dilTérenee que les vices du jitincc passent * avec lui, et peuvent êire compensés par un snceessenr meilleur que lui, an lieu, qae rien n’arrétc la corruption d’une république. (La U.)