MVRE III, CHAPITRE III
les cffort-s impuissants des An^lois \i<mr établir parmi eux la démoeratie. Comme eeux qui avoient part aux affaires n’avoient point de vertu, que leur ambition étoit irriU*e par le succès de celui qui avoit le plus osé que l’esprit d’une faction ii’etoit réprimé (jue i)ar l'esprit d’une autre, le f'ouvernement cbanj^eoit sans cesse : le peuple, étonné, cherchoit la démocratie, et ne latrouvoit nulle part. Enfin, ajiK'S bien des mouvements, des chocs et des secousses, il fallut se iV|K>ser dans le Gouvernement même qu’on avoit proscrit.
Quand Sylla voulut vendre à Uome la liberté, elle ne put plus la recevoir : elle n’avoit plus qu'un foible reste de vertu; et, comme elle en eut toujours moins, au lieu de se réveiller après César, Tibère, Caius, Claude, Néron, Domitien, elle fut toujours plus esclave; tous les coups iKirtèrent sur les tyrans, aucun sur la tyrannie.
Les politiques ^rreesqui vivoient dans le f;ouvernement populaire ne reconnoissoient d’autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd'hui ne nous paHent que de manufactures, de commwee, de liiiances, de richesses, et de luxe même.
Lors(|ue cette vertu ces.se. l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs chanGcnt d’objets : ce qu’on aiuioit, on ne l’aime plus; on étoit libre avec les lois, on veut être libre contre elles; chaipic citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître; ce qui étoit maxime, on l’appelle rigueur; ce (|ui était règle, on l’appelle gène; ce qui étoit attention, on l’appelle crainte. C’est la frugalitti qui y est l’avarice, et non pas le désir d’avoir. Autrefois le bien des particuliers faisoit le trésor public; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouillé, et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.
Athènes eut dans son sein les mêmes forces pendant qu’elle domina avec tant de gloire, et pendant qu'elle servit avec tant de honte. Elle avoit vingt mille citoyens ’ lorsq'u’ellc détendit les Grecs contre les Perses, qu’elle disputa l’empire à Lacédémone, et qu’elle attaqua la Sicile. Elle en avoit vingt mille loi-sque Üémétrius de Phalère les dénombra * comme dans un marché l’on compte les esclaves. Quand Philippe osa dominer dans la Grèce, quand il parut aux portes d’Athènes ♦, elle n’avoit