‹ De l'Esprit des loisChapitre 235 sur 935 · LIVRE XII, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAPITRE XII

^joint par elles- moines, mais par le tini dont ou les dit. Souvent, en redisant les mômes paroles, on ne rend pas le même sens :'ce sens dépend de la liaison qu’elles ont avec d’autres choses. Quelquefois le silence exprime plus (pic tous les discours.

11 n’y a rien de si équivo(iue que tout cela. Comment donc en faire un crime de lêse-majesté? Partout où cette loi est chddie, non-seulement la liberté n’est plus, mais son omlii-e même.

Dans le manifeste de la feue czarim*, donné contre la famille d’Olf^ouroiiki un de ces princes est condamné à mort, pour avoir proléré des paroles indécentes (pii avoient du rapport ii sa personne; un autre, pour avoir malignement interprété ses sages dispositions pour l’empire, et ofl’cnsé sa personne sacire par des jiaroles peu respeetmmses.

Je ne prétends point diminuer l’indignation cpie l'on doit avoir contre ceux qui veulent llétrir la gloire de leur prince ; mais je dirai bien (pie, si l’on veut modérer le despotisme, une simple punition correctionnelle conviendra mieux, dans ces occasions, (pi’une accusation de li'sc-majcsb’, toujours terrible à l’innocence même*.

Les actions ne sont pas de tou.s les jours, bien des gens peuvent les remanpicr; une fausse accusation sur des faits peut être aisément éclaircie. Les jiaroles ipii sont jointes à une action prennent la nature de cette action. Ainsi un bomme (pii va dans la place publi(pic exhorter les sujets à la révolb', devient coupable de lêsc-majestc, parce que les paroles sont jointes à l'action, et y iiarticipent. fie ne sont point les paroles ((ue l’un punit, mais une action commise, dans laquelle on emploie les paroles. Elles ne deviennent des crimes (pie lorsiprelles préparent, qu’elles accompagnent ou qu'elles suivent une action criminelle. On renverse tout, si l’on fait des paroles un crinucapital, au lieu de les regarder comme le signe d’un criniti capital.

Les empereurs Theodose, Arcadius et lloiiorius, écrivent à Uuflin, préfet du pn'toire : « Si quebprun parle mal de notre « (icrsoiine ou de notre gouvernement, nous ne voulons point « le punir* : s'il a parlé par légi’reté, il faut le mépriser; si « c’est par folie, il faut le plaindre; si c’est une injure, il faut « lui pardonner. Ainsi, laissant les choses dans leur entier, « vous nous en donnerez connoissance, afin que nous jugions

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