MVRE XII, CHAPITRE XIV
tion des crimes, qui doit toujours avoir pour objet le rétablissement de l’ordre.
Les Orientaux, qui ont exposé des femmes à des éléphants dressés pour un abominable genre de supplice , ont-ils voulu faire violer la loi par la loi?
Un ancien usage des Romains défendoit de faire mourir les Olles qui n’étoient pas nubiles. Tibère trouva l’expédient de les faire vi>ler par le bourreau avant (bî les envoyer au supplice ’ : t^^an subtil et cruel, il défruisoit les m(curs pour conserver le.s coutumes.
Lorsque la magistrature japonoise a fait exposer dans les places [lubliques les femmes nues, et les a obligées de marcher à la manière des bètes, elle a fait frémir la pudeur*; mais, lorsqu’elle a voulu contraindre une mère..., lorsqu’elle a voulu contraindre un lils..., je ne puis achever, elle a fait frémir la nature même
1. Soetociiw, i» Tiberio. — Lo mot virgo, dont se sort ici Suétone, déaignoil toute fiîle qui n’nvoit point été mariée, ou qui n’étoU point uoduuo poorcourtl> sane. ( D.)
2. liecueil des voyages gui onf servi à Vétablisstme/nl de la Compagnie des Indes, tome V, partie ii. Un seul voyajrear, pre.sque inconnu, norartié Ueyerl^'isbert, rapporte cette abomination, qu’on Ini raconta d’un magistrat du Japon; et il prétend que ce magistrat se divertissait à tonrtnenler ainsi les chrétiens, auxquels il ne fesail point d’autre mal. Montesquieu sc plall à c^s contes; il ajoute oue chez les Orientaux ou soumet les fuies à des éléphants. Il ne dit point chez quels Orientaux on donne ce rendez-vous. Mais, en vérité, ce nVst là ni le temple de Gnide, ni le congres de Cythère, ni l^esprit dits Lois.
C est avec douleur, et en contrariant mon propre goût, que je combats ainsi quelque» idées d‘un philosophe citoyen, et que je relève quelques-unes de ses méprises. Je ne me serais pas livré, dans ce petit commentaire, à un travail si rebutant, si je n’avais été enOammé de l'amour de la vérité, autant que l’auUnir l'était de l'aniour de la gloire. Je suisen géoéral si pénétré des maximes qu’il annonce plutôt qu'il ne les développe ; je suis si plein ée tout ce qu’il a dit sur la liberté politique, sur les tributs, sur le despotisme, sur ('esclavage, que je n’ai
pas le courage de me joindre nui savants qui ont employé trois volumes à reprendre des fautes de détail.
Je n’entrerai point non plus dans la discussion de l'ancien gouvernement des Francs vainqueurs des Gaulois; dans ce chaos de coutame.s, toutes bizarres, toutes contradictoires, dans rcxamoii de celte barbarie, de cette anarchie qui a duré si longtemps, et sur Icsquelios il y u autant de sentiments dlfl’érents que nons en avons en théologie. Un n'a perdu que trop de temps à descendre dan.s ces abîmes de ruines; et l’auteur i\cV Esprit des Lois a dû s’y égarer comme les 'autres.
Toutes les origines des nations sont l’obscurité même, comme tous les systèmes sur les premiers priiK-ipcs sont un chaos de fables. Lorsqu’un aussi beau génie que Montesquieu se trompe, je m'enfonce dans d’autres erreurs en découvrant les siennes. C’est le sort de tous ceux qui courent après la vérité : ils se heurtent dans leur course, et tous sont jetés par terre. Je reî^pecte Montesquieu jusque dans ses chutes, parce qu’d se rtdèvc pour monter au ciel. Je vais continuer c<- petit commentaire pour m’instruire en l’étadlant sur quelques points, non pour le critiquer; je le prends pour mon guide, non pour mcui adverbaire. (Volt.)