‹ De l'Esprit des loisChapitre 290 sur 935 · LIVRE XIV, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV, CHAPITRE XIV

plutôt que les hommes, il faudroit, pour changer l'Etat, les renverser elles-mêmes.

Que si la même nation avoit encore reçu du climat un certain caractère d’impatience qui ne lui permit pas de soufi'rir longtemps les mêmes choses, on voit bien que le gouvernement dont nous venons de parler seroit encore le plus convenahle.

Ce caractère d’impatience n’est pas grand par lui-même; mais il peut le devenir beaucoup quand il i-st joint avec le courage.

Il est difTérent de la légèreté, (pii fait que l’on entreprend sans sujet et que l’on abandonne de même. 11 approche plus de l’opiniiUreté, parce qu’il vient d’un sentiment (les mau.v, si vif, qu’il ne s’affoihlit pas même par l’habitude de les souffrir.

Ce caractère, dans une nation libre, serait très-propre à déconcerter les projets de la tyrannie*, qui est toujours lente et faible dans ses commencements, comme elle est prompte et vive dans sa fin; qui ne montre d’abord qu’une main pour secourir, et opprime ensuite avec une infinité de bras.

La servitude commence toujours par le sommeil. Mais un peuple qui n’a de repos dans aucune situation, qui se tâte sans cesse, et trouve tous les endroils douloureux, ne pourrait guère s’endormir.

La politique est une lime sourde, (pii use et qui parvient lentement à sa fin. Or, les hommes dont nous venons de |iarler ne pourroient soutenir les lenteurs, les détails, le sang-froid des négociants; ils y réussiroient souvent moins ipie toute autre nation, et ils perdroient par leurs traités ce qu’ils auroient obtenu par leurs armes.

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