‹ De l'Esprit des loisChapitre 295 sur 935 · Lettres édifiantes ^ neuvième recueil, pag. 37ft · texte numérisé non relu

Lettres édifiantes ^ neuvième recueil, pag. 37ft

A. J'avois pensé que la douceur de l'esclavage aux Indes avoit fait dire à Diodore qu'il n’y avoit dans ce pays ni maître ni esclave; mais Diodore a attribué h tonte rinde ce qui, selon Strabon, lit. XV, n’étoit propre qu’à une nation particulière.

5. Le climat étend son pouvoir, sans doute, surla force et la beauté du corps, sur In génie, sur les inclinations. Nous n'avons jamais entendu parler ni d’une Phryné saraoïèdo ou négresse, ni d’un Hercule lapon, ni d’un Newton toninarabou; mais je ne crois nas qiicrillustrc Érateur ait eu raison dViirmer que les peuples du Nord ont toujours vaincu ceux du Midi : car les Arabes acquirent

par les armes, en très-peu de temps, an nom. de leur patrie, un empire aussi étendu que celui des llmnains : et les Romains eux-mêmes avaient subjugué les bords de la mer Noire, qui sont presque aussi froids que ceux de la mer Baltique

On a peut-être attribué trop d'influence au clima!. II paroit que partout la société humaine a été formée par de petites peuplades qui, après s'ètre plus ou moins civilisées, ont îlni par sc réaniron parêtre absorbées dans de grands ampircs. La différence la plus réelle est celle qui existe entre les Européens et le reste du globe; et celte différence est l’ouvrage des Grecs. Ce sont les philosophes d’Athènes, de Milel, de Syracuse, d'Alexandrie, qui ont rendu les habitants de l'Europe actuelle supérieurs auxautres hommes. SiXerxès eût vaincu à Salanüne, nous serions peut-être encore des barbares. (Voit.)

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le maître absolu de sa vie et de ses biens. Il n’est pas bon par sa nature; il n’est utile ni au maître ni à l’esclave : à celui-ci, parce qu'il ne peut rien faire par vertu; à celui-là, jiarce qu’il contracte avec scs esclaves toutes sortes de mauvaises habi- . tildes, qu’il s’accoutume insensiblement à manquer à toutes les vertus morales, qu’il devient fier, prompt, dur, colère, voluptueux, cruel.

Dans les pays despotiques, où l’on est déjà sous l’esclavafîc politique, l’esclavage civil est plus tolérable qu'aillcurs. Chacun y doit être assez content d’y avoir sa subsistance et la vie. Ainsi la condition de l’esclave n’y est guère plus à charge que la condition du sujet.

Mais, dans le gouvernement monarchique, où il est souverainement important de ne point abattre ou avilir la nature humaine, il ne faut point d'esclaves. Dans la démocratie, où tout le monde est égal, et dans l’aristocratie, où les lois doivent faire leurs efFoits pour que tout le monde soit aussi égal que la nature du gouvernement peut le permettre, deS esclaves sont contre l’esprit de la constitution : ils ne servent qu’à donner aux citoyens une puissance et un luxe qu’ils ne doivent point avoir'.

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