‹ De l'Esprit des loisChapitre 40 sur 935 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l’éjucation dans le gouvcruemeiit républicain.

C’est dans le goioernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d’ello-mcme parmi les menaces et les chAtiments; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour ; mais la vertu politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible.

On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’inté'rêt public au sien propre* donne toutes hîs vertus particulières : elles ne sont que cette préférence.

Cet amour est singulièrement alTecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or le gouvernement est comme toutes les choses du inonde : pour le conserver, il faut l’aimer.

I. On ne leur ensbignail, dès le ber- Aiuours ne pouvait choquer un jeune eeau, que de» fable», ucs allég-oriea, de» boniinc ainourcui. S’il brûlait au «jnat, emblème», qui devenaient bientôt la rè- il no pouvait méuriaor .Mercure, le dieu gle et la passion de toute leur vie. Leur de l'éloquence. Il se voyait entonré de valeur ne pouvait mépriacr le dieu Mars, dieu» qui protégeaient ses talents et sca L emblème de Vénus, des Grèce» cl des désirs. (Volt.)

DE 1,’ESPRIT DES LOTS. i

Oii n'a jamais om dire que les rois n’aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.

Tout dépend donc d'établir dans la république cet amour; et c’est à l’inspirer que l’éducation doit être attentive. Mais, pour ' (juc les enfants puissent l’avoir, il y a un moyen sdr, c’est (jiie les pi're.s l’aient eux-mèmes.

On est ordinairement le maître de donner à .ses enfants scs connoissanccs ; on l’est encore plus de leur donner scs passions.

Si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été' fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.

Ce n’e.st point le peuple naissant qui dégénère; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus.

CHAIUTHE VI.

De quelques iostitutious t^es (>rocs.

Les anciens Grecs, pénétrés de la nécessite* que les peuplesqui vivment sous un gouvernement populaire fussent élevés à la vertu, firent, pour l’inspirer, des institutions singulières. Quand vous voye* dans la vie de Lycurgue les lois qu’il donna aux Lacédémoniens, vous croyez lire lliistoire des Sévaramhes Les lois de Crète étoient Toriginal de celles de Lacédémone, et celles de Platon en étoient la correction.

Je prie qu’on fas.se un jieu d’attention à l’étendue de génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en'choqiiant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus *, ils niontreroient à l'univers leursagesse. Lycurgue, mêlant le lareiu^avec l’esprit

i ; Ce peuple de sages n’a jamais evislA que dansriiiiaginatiun de Vairassc d'Allais, qui en a traeé i’histoire fabnlense. Voyes le lome V ifcs Voÿages Imaginaires. (P.)

2. L'auleiir pnroit avoir vonln dire que les Lncédétnoniens confoniloieiit les vertus ol les vices, (l).)

3. Dans le dénombrement dos crimes pormis chei différentes nations, on ne manque pas do cumproodre h; larcin toléré ^ Lacédéiwine, et do faire remarquer que che» les Scythes même le vol ètoit puni comme un des plus grands crimes. Mais peut -on raisonnablement présumer que le plus sage des législatonrs ait autorisé rormellcroont un désordre aussi grossier? Plutarque , qui rapporte celte coutume dans la vio de Lyèurgno, dans les ma-nrs des Larédémonteiis, et en plnsieors antres endroits do ses ouvrages, n'y donne jamais le

moindre signe d’improlmtion , et je ne me souviens nas qu’aucun des anciens en ait fait un erlino ant Lacédémoniens ni à Lycurgue. D'oii peut donc être von» la jugeiuout peu farorabie qu’en portent souvent les modernes, si ce n’est de ce qu’ils ne prennent pas la peine d’en poser les circonstances et d'en pénétrer lea motifs? l" I,esjeunes gens ne faisaient ces larcins que dans un temps marqué, par ordre de leur commandant, et en vertu de la loi ; ils ne volaient jamaia qne des légumes et des vivres , comma soppiémeuts au peu do nourriture qu’on leur donnait ciprès en Irés-pciite quantité. 2o Le législateur avait pour but do rendre les possesseurs idns vigilants X serrer et é garder leur bien; d'inspirer ausjcniies gens, tons destinésùla guerre, plus de hardiesse et pins d'adresse; cl surtout do lourapprcndre 4 Vivre de peu, ù pourvoir ens-uiémes 4 lonr subsistance.

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