‹ De l'Esprit des loisChapitre 456 sur 935 · LIVRE XXI, CHAPITRE VII. 31 D · texte numérisé non relu

LIVRE XXI, CHAPITRE VII. 31 D

■« qu’ils scroLent les maîtres de la mer. » Vous diriez que lésopliun a voulu parler de l’Aiif^leterre.

Atlicnes, rtîinplie de projets de {rluire; Athènes, qui augmeiitoit la jalousie, au lieu d’augmenter l’influence ; plus attentive à étendre son empire maritime qu’à en jouir; avec un tel gouvernement politique, que le bas peuple se distribuoit les revenus i)ublics, tandis que les riches étoientdans l’oppression, ne fit point ce grand conmierce que lui proraetUtieat le travail de ses mines, la multitude de ses esclaves, le nombre de ses gens de mer, son autoriU; sur les villes grecques, et, plus que tout cela, les belles institutions de SoloiU. Son négoce fut presque borné à la Grèce et au PontrEujtin,.d’où elle tira sa subsistance.

Corinthe fut admirablement bien située ; elle sépara deu\ mers , ouvrit et ferma le Péloponèse, et ouvrit et ferma la Grèce. Elle fut une ville de la plus grande imporUnce dans un temps où le peuple grec étoit un monde, et les villes grecques ,des natioHS. Elle fit un plus grand commerce qu’Athènes. Elle avoit un port pour recevoir les marchandises d’Asie; elle en avoit un auti-e pour recevoir celles d’Italie : car, comme il y avoit de grandes difficultés à tourner le promontoire Malée, où des vents ' opposés se rencontrentet causent des naufrages, on aimoit mieux aller à Corinthe^ et l’on poiivoit même faire passer par terre les vaisseaux d’une mer à l’autre. Dans au- . cune ville on ne porta si loin les ouvrages de l’art. La religion acheva de corrompre ce que son opulence lui avoit laissé de mo.'urs. Elle erigea un temple à Vénus, où plus de mille courtisanes * furent consacrées. C’est de ce séminaire que sortirent la plupart de ces beautés célèbres dont Atliénée a osé écrire l’histoire.

11 paroit que, du temps d’Homère, l’opulence de la Grèce étoit à Khüdes, à Corinthè et à Ordiomènc. « Jupiter, dit-il*,

« aima les Rhodiens, et leur donna de grandes richesses. » 11 donne à Corinthe ‘ l’épithète de riche.

De même, quand il veut j>arler des villes qui ont beaucoup d’or, il cite Orchomène*, qu’il joint à Thèbes d’Egypte. Rhodes et Corinthe conservèrent leur puissance, et Orchomène la perdit.

La position d’Orchomène, près de rHellesiwnt, de la Propontide et du Pont-Euxin, fait naturellement penser qu’elle * tiroit ses richesses d’un commerce sur les cotes de ces mers, qui avoient donné lieu à la fable de la toison d’or. Et effec-

1. Voyez Strabon, liv. VIII. E. Ibid., liv. IX, v. 381. Voyez Stra-

2. Ibid. 3. Uiade, liv..U. 4. Ibid, bon, liv. JUC P*g- éditiou de 1G20.

tivemcnt le nom de Miniares est donné à Orchomènc*. et encore aux Argonautes. Mais comme dans la suite ces mers devinrent plus connues; (pie les Grecs y étabfirent un trèsgrand nombre de colonies; que ces colonies négocièrent c^vec les piîuples barbares; qu'elles communiquèrent avec leur métropole; Orcliomène commença à déchoir, et elle rentra dans la foub* des autres villes grecques.

L(.*s Grecs, avant Homère , ri'avoient guère négocié qu’entre eux, i\t cliez quelque peuple barbare; mais ils étendirent leur domination à mesure qu'ils Ibrmèrent de; nouveaux peuples. La Grèce étoit une grande péninsule dont les caps sembloierit avoir lait reculer les mers, et les golfes s’ouvrir de tous cotés, comme pour les recevoir encore. Si l’on jette les yeux sur la Grèce, on verra, dans un pays assez resserré, une vaste étendue de (uH(^s. Ses colonies innombrables faisoient une immense circonférence autour d’elle; et elle y voyoit, pour ainsi dire, tout le monde qui n’étoit pas barbare. Pénétra-t-elle en Sicile et en* Italie, elle y forma des nations. Navigua-t-elle vers les mers du Pont, vers les cotes de l’Asie mineure, vers celles. d’Afrique; elle en fit de même. Ses villes acquirent de la prospérité à mesure elles se trouvèrent près de nouveaux peuples. Et, ce qu’il y avoit d’admirable, des îles sans nombre, situées comme en première ligne, l’cntouroient encore. ‘ •

Quelles causes de prospérité pour la Grèce , que des jeux qu’elle donnoit pour ainsi dire à l’univers, des temples où tous les rois envoyoient des offrandes, des fêtes où l’on s’assembloit de toutes parts, des oracles qui faisoient l’attention de toute la curiosité humaine, enfin le goût et les arts portés, à un point que de croire les surpasser sera toujours ne. les pas connoître !

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