LIVRE XXI, CHAPITRE VI
seauv grecs et romains, peut s’expliquer par ee ipio iiniis vovons aujourd’hui dans notre marine. I.es navires des Indes, qui
• etoicnt de jonc, tiroient moins d’eau ipie les vaisseaux grecs et romains, (pu étoient de bois, et jcdnts avec du Ter.
On peut comparer ceS navires des Indes à ceux de ipielques nations d’aujourd'hui, dont les ports ont peu de fond : tels sont ceux- de Venise, et mùinc en général de l’Italie', de la mer Balti(]ue, et de la proxince de Hollande*. Leurs navires, qui doivent en sortir et y rentrer, sont d’une fahriipie ronde et large de fond; au lien que les navires d’antres nations tpii ont de l)ons ports sont, par le bas, d*une forme (pii les fait enti er lirofondément dans l’ean. Cette mécaniii.ue fait que ces derniers navires naviguent plus prés du vent, et ({iic les premiers ne naviguent |>resque ipie ipiand ils ont le vent en ponpe. I.’n naxii'C qui entre beaucoup dans l’ean navigue vers le même côté à presque tous les vents : ce ipii vient de la résistance que trouve dans l’eau le vai.sseau poussé par le vent, ipii fait un |»ointd’ap-
• pui, et de la forme longue du vaisseau ([ui est présenté' au vent par son côté; pendant ipie, par l’effet de la figure du gouvernail, on tourne la proue vers le côté que l’on se propo.se; en sorte qu’on [leut aller trés-jirés du vent, c'est-à-dire très-prés du coté d’où vient le vent. Mais ([uand le navire est d’une ligure ronde et large de fond, et que par consétpient il enfonce peu dans l’eau, il n’y a plus de point d’appui; le vent chasse le vaisseau, qui ne peut résister, ni guère aller que du côté opposé au vent. IVoù il suit que les vais.seaux d’une construction ronde de fond sont plus lents dans les voyages: 1° ils perdent heaucoup de temps à attendre le vent, surtout s’ils sont obligés de changer souvent de direction; ’i** ils vont plus lentement, parce que, n’ayant pas de point d'appui, ils ne sauroient porter autant de voiles ipie les autres. Que si, dans nn temps où la marine s’est si fort perfectionnée, dans un temps où les arts se communiquent, dans un tenqis où l’on corrige par l’art, et les défauts de la nature, et les défauts de l’art même, on sent ces différences, que devoit-ce être dans la marine des anciens'?
Je ne saurois quitter ce sujet. Les navires des Indes étoient petits, et ceux des Crocs et des Romains, si l’on en excepte ces machines que l’ostentation fit faire, étoient moins grands (lue les nôtres. Or, |)lus un navire est petit, ])lus il est en danger dans les gros tcnqis. Telle tempête submerge un navire, qui ne
1. Elle n'n presque que des rades; car les porls de celle de Zélande sont mais lu Sicile a de très-bons ports. assez profonds.
i. Je dis de la province de Hollande;
feroit que le tourmenter, s’il ctoit plus ;^nd. Plus un corps en surpasse un autre en frraiideur, plus sa surface est relativement petite : d'où il suit que dans un petit navire il y a une moindre * raison, c’est-à-dire une plus ;xrande dilférence de la surface du navire au poids ou à la cltarpe -qu’il peut porter, que dans un prand. Un sait que, par une pratique à peu prés jsrénérale, on met dans un navire une charpe d'un (Kiids epal à celui de la moitié de l’eau qu’il pourroit contenir. Supposons qu’un navire tint huit cents toiineaini d’eau, sa charpe seroit de quatre cents tonneaux; celle d’un navire qui ne tiendroit que quatre cents tonneaux d’eau mtoH de deux cents tonneaux. Ainsi la prandeur du premier navire seroit, au jxûds qu’il porteroit, comme 8 est à 4; et celle du second, comme 4 est à 2. Supposons que la lairface du prand soit à la surface du petit comme 8 esta 6, la surface * de celui-ci sera à son poids comme 6 est à 2 ; tandis que la surface de celui-là ne sera à son poids que comme 8 est à 4 ; et les vents et les flots n’apissant que sur la surface, le grand vaisseau résistera plus par son poids à leur impétuosiU'; * que le petit.
CIUPITRE Ml
Ou commerce des Grecs.
Les premiers Grecs étoient tous pirates. Minus, qui avoit eu l’empire de la mer, n’avoit eu peut-être que de plusgrand ssuccès dans les lirigainlages ; son empire étoit borné aux environs de son île. .Mais lorsque les Grecs devinrent un grand peuple, les Atliéniens obtinrent le véritable empire de la mer, parce que cette nation conmiereante et victorieuse donna la loi au monarque* le plus puissant d’alors, et abattit les forces maritimes de la Syrie, de l’ile de Chyjire et de la Phénicie.
11 faut que je parle de cet empire de la mer qu’eut Athènes.
« Athènes, dit Xénophon, a l’empire de la mer; mais, comme « l’AUique tient à la terre, les ennemis la ravagent , tandis « qu’elle fait ses expéditions au loin. Les principaux laissent « détruire leurs terres, et mettent leurs biens en sùrete dans « quelque île : la populace, qui n’a point de terres, vit sans « aucune inquiétude. Mais, si les .Xthéiiiens halritoient uue lie,
« et avoient outre cela l’empire de la mer, ils auroieiit le pou- « voir de nuire aux autres sans qu’on pût leur nuire , tandis
i. C"e«t-&-dire , ponr comparer le» résistance du même navire comme, de. grandeurs de même ectire, l'aclion ou 2. Le roi de Perse, fa prise da fluide sur le navire sera à la