LIVRE xxr, CHAPITRE VIII
midi le commerce des Indes ? Comment les Perses ne l’avoient-
ils pas fait auparavant? Que leur servoient des mers qui étoient si proches d'eux, des mers qui baignoient leur empire ? 11 est vrai qu' Alexandre conquit les Indes : mais faut-il conquérir un pays pour y négocier ? J'examinerai ceci.
L'Ariane % qui s’étencloit depuis le golfe Persique jusqu'à rihdus, et de la mer du Midi jusqu'aux montagnes des Paropaniisades, dépendoit bien en quelque façon de l'empire des Perses : mais, dans sa partie méridionale, elle étoit aride, brûlée, inculte et barbare*. La tradition portoit que les armées de Sémiramis et de Cvrus^ avoient péri dans ces déserts; et .Alexandre, qui se fit suivre par sa Hotte, ne laissa pas d'y perdre une grande partie de son armée. Les Perses laissoieiit toute, la cote au pouvoir des Ichtyophages^, des Orittes, et autres peuples barbares. D’ailleurs les Perses n'étoient pas navigateurs, et leur religion même leur otoit toute idée de coinmefce maritime^. La navigation que Darius fit faire sur l'Indus et la mer des. Indes fut plutôt une fantaisie d'un prince qui veut montrer sa puissance, que le projet réglé d’un monarque qui veut remployer! Elle n’eut de suite ni pour le commerce ni pour hv marine; et, si l’on sortit de l’ignorance, ce fut pour y retomber. ^ ' . . . •
Il y a plus : il étoit reçu*^, avant l’expédition d'Alexandre, que la partie méridionale des Indes étoit inhabitable"; ce qui suivoit de la tradition que Sémiramis^ n’en avoit ramené que Aingt hommes, et Cyrus que sept.
• Alexandre entra par le Nord. Son dessein étoit de marcher vers l'Orient : mais, ayant trouvé la partie du Midi pleine de grandes nations, de villes et de rivières , il en tenta la conquête,’ et la fit.
Pour lors il forma le dessein d’unir les Indes avec l’Occident
par un commerce marithne, comme il les avoit unies par des colonies qu’il avoit établies dans les terres.
• Il fit construire- une Hotte sur i’Hydaspe, descendit cette rivière, entra dans l'Indus, et navigua jusqu’à son ernbou-