LIVRE XXI, CHAPITRE XI
Hannon nous décrit un volcan avec tous les phénomènes que fait voir aujourd’hui le Vésuve ; et le récit qu'il fait de ces deux femmes velues, qui se laissèrent plutôt tuer que de suivre les Carthaginois, et dont il fit porter les peaux à Carthage, n’est pas, coininc on l’a dit, hors de vraisenihlance.
Cette relation est d’autant plus précieuse qu’elle est un monument punique : et c'est parce qu’elle est un monument puni(jue, qu’elle a été regardée comme fabuleuse; car les Romains conservèrent leur haine contre les Carthaginois, môme après les avoir déti-uits. Mais ce ne fut que la victoire qui déciiLa s’il falioit dffc la foijyuniquej ou la foi romaine.
Des modernes ‘ ont suivi ce préjugé. Que sont devenues, disent-ils, les villes qu’Ilannon nous décrit, et dont, môme du temps de Pline, il ne restoit pas le moindre vestige? Le merveilleux seroit qu’il en lut resté. Etoit-cc Corinthe ou Athènes qu’Hannon alloit bâtir sur ces cotes ? Il lai^oit dans les endroits propres au commerce des familles carthaginoises; et, à la hâte, il les mettoit en sûreté contre les hommes sauvages et les hôtes féroces. Les calamib's des Carthaginois firent cesser la navigation d’Afrique.; il fallut bien que ces familles périssent, ou devinssent sauvages. Je dis plus ; quand les ruines de ces villes subsisteroient encore, (pii est-ce qui auroit été en faire la découverte dans les bois et dans les marais? On trouve pourtant, dans Scylax et dans Polybe, ipic les Carthaginois avoicnt de grands établissements sur ces ciHes. Voilà les vestiges des villes d’Hannon ; il n’y en a point d’autres, pai'ce qu’à peine y en a-t-il d’autres de Cartlnige même.
Les Carthaginois étoient sur le chemin des richesses; et, • s’ils avoient été jusqu’au quatrième degré de latitude nord, et au quinzième de longitude, ils auroient découvert la cijte d’Or et les c(>tes voisines. Ils y auroient fait un commerce de toute autre importance (jue celui qu’on y fait aujourd’hui que l’Amérique semble avoir avili les richesses de tous les autres pays;. • ils y auroient trouvé des trésors qui ne pouvoient être enlevés par les Romains.
On a dit des choses bien surprenantes des richesses de l’Espagne. Si l’on en croit Aristote les Phéniciens qui iiljordèrent à Tartèse y trouvèi*ent tant d’argent que leurs navires ne pouvoient le contenii*; et ils firent faire de ce métal leurs plus vils ustensiles. Les Cai'thaginois, au raj)port de Riodorc », trouvèrent tant d’or et d’argent dans les Pyrénées, qu’ils en
1. M. Dodwd. Voyez sa Dissertation 2. Des choses merveilleuses, sur le Périple d'Hanncn. 3. Liv. VL — L'auteur cite le sixième
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mirent aux ancres de leurs navires. Il ne faut point faire de fond sur ces récits populaires : voici des faits précis.
' On voit, dans un fragment de l’olybc cité par Strabon que les mines d’argent qui étoient à la source du Bétis, où quarante milb; bonuues étoient employés, donnoient au peuple romain vingt-cinq mille drachmes par jour ; cela peut faire environ cinq millions de livres par an, à cinquante francs le marc. On appcloit les montagnes où étoient ces mines les montagnes d’argent*; ce qui fait voir que c’étoit le l'otosi de ces temps-là. Aujourd’hui les mines d’Hanover n’ont pas le quart des ouvriers qu'on employoit dans celles d’Espagne, et elles donnent plus ; mais les Romains n’ayant guère (pie des mines de cuivre et peu de mines d’argent, ’et les Grecs ne connoissaiit que les mines d’Attique très-peu riches, ils durent être étonnés (le l’abondance de celles-là.
Dans la guerre pour la succession d’Espagne, un homme appelé le marquis de Rhodes, de (jui on disoit qu’il s’iHoit ruiné dans les mines d’or, et enrichi dans les h(vpitaux proposa à la cour de France d’ouvrir les mines des Pyninées. 11 cita les Tyi-iens, les Carthaginois et les Romains. On. lui permit de chercher : il chercha, il fouilla partout; il citoit toujours, et ne trouvoit rien.
Les Carthaginois, maîtres du commerce de l’or et de l’argent, voulurent l’ôtre encore de celui du plomb et de l’étain. Ces métaux édoient voiturés par terre, depuis les ports de la Gaule sur l’Ociîaii jusqu’à ceux de la Méditerranée. Les Carthaginois voulurent les recevoir de la première main; ils envoyèrent Himilcon, pour fornn'r * des établis-sements dans les îles Cassitidides, qu’on croit être celles de Silley.
Ce.s voyages de la Bétique en Angleterre ont fait penser à quelques gens que les Carthaginois avoient la boussole; mais il est clair qu’ils suivoient les tmtes. Je n’en veuxd’autre preuve que ce que dit Himilcon, qui demeura quatre mois à aller de l’embouchure de Bétis en Angleterre : outre que la fameuse histoire * de ce pilote carthaginois qui, voyant venir un vaisseau romain, se litéchouer pour ne lui pas apprendre la route d’Angleterre ®, fait voir que (;es vaisseaux étoient très-près des cotes lorsqu’ils se rencontrèrent.
livre do Diodorc, et ce sijitme livre n'eiiste pas. Diodore , au dnquiènie , parle de» Phéniciens , et non pas des Carthaginois. (Volt.)