LIVRE V, CHAPITRE V
plusieurs enfants en choisit un pour succéder à sa portion et donnât les autres en adoption à quelqu'un qui n’eùt point d’enfants, afin que le nombre des citoyens put toujours se maintenir égal à celui des partages,
Phaléas de Chalcédoine * avoit imaginé une façon de rendre égales les fortunes dans une république où elles ne l'étoient pas. il vouloit que les riches donnassent des dots aux pauvres, et n’en reçussent pas; et que les pauvres reçussent de l’argent pour leurs filles, et n’en donnassent pas. Mais je ne sache point qu’aucune république se soit accommodée d’un règlement pareil. Il met les citoyens sous des conditions dont les dilîérences sont si frappantes, qu’ils haïroient cette égalité même que l’on chercheroit à introduire. Il est bon quelquefois que les lois ne .paraissent pas aller si directement au but qu'elles se proposent.
Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’iimc de l’Etat, cependant elle est si difficile à établir, qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendroit pas toujours. Il suffit que l’oTi établisse un cens s qui réduise ou fixe les différences à un certain point; après quoi, c’est à des lois particulières à égaliser, pour ainsi dire, les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches, et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres. Il n’y a que les richesses médiocres qui puissent donner ou souffrir ces sortes de compensations ; car, pour les fortunes immodérées, tout ce qu’on ne leur accorde pas de puissance et d’honneur, elles le regardent comme une injure.
Toute inégalité dans la démocratie doit être tirée de la nature de la démocratie et du principe même de l’égalité. Par- exemple, on y peut craindre que des gens qui auroient besoin d’un travail continuel pour vivre ne fussent trop appainTis par une magistrature , ou qu’ils n’en négligeassent les fonctions ; que des artisans ne s’enorgueillissent; que des affranchis trop nombreux ne devinssent plus puissants que les anciens citoyens. Dans CCS cas, l’égalité entre les citoyens * peut être ôtée dans la démocratie pour l’utilité de la démocratie. Mais ce n’est qu’une égalité apparente que l’on ôte : car un homme ruiné par une magistrature scroit dans une pire' condition que les autres citoyens; et ce même homme, qui seroit obligé d’en