CHAPITRE X.\I
Des luis (les Rumaius sur la propagation de l'espèce.
Les anciennes lois de Rome cherchèrent beaucoup à déterminer les citoyens au mariage. Le sénat et le peuple firent souvent des règlements là-dessus, comme le dit Auguste dans sa harangue rapportée par Dion *
Denys d’Halicarnas.se * ne peut croire qu’apn' s la mort des trois cent cinq Fabiens, exterminés par les Véiens, il ne fût resté de cette race qu’un seul enfant, parce que la loi ancienne qui ordonnoit à chaque citoyen de se marier et d’élever tous ses enfants étoit encore dans sa vigueur
Indépendamment des lois, les censeurs eurent l’ieil sur les mariages , et, selon les besoins de la république, ils y engagèrent et par la honte* et par les peines.
Les mœurs, qui commencèrent à se corrompre, contribuèrent beaucoup à dégoûter les citoyens du mariage, qui n’a que des peines pour ceux qui n’ont plus de sens pour les plaisirs de l’innoccnce. C’est l’esprit de cette harangue que Métellus* Nuinidicus fit au peuple dans sa censure. « S’il étoit possible de a n’avoir point de femme, nous nous délivrerions de ce mal ; (( mais, comme la nature a établi que l’on ne peut guère vivre t( heureux avec elles, ni subsister sans elles , il faut avoir plus « d’égard à notre conservation qu’à des satisfactions passa- « gères. »
La corruption des mœurs détruisit la censure , établie ellemême pour détruire la corruption îles mœurs; mais, lorsque ceth^ corruption devient générale, la censure n’a plus de force".
). J'ai traité ceci dans les Contidé- de Tile-Lire, liv. LIX; Aulii-Gclle, rations SUT Us cuuiet de la grandeur liv. I, cli.ap.vi; Valère Maxime, liv. U, des /lomains, etc. cliap. ix.
S. I.iv. LVI. 3. Liv. II. U. Elle est dans Aalu-Gclle, liv. I,
d. L’an de Home 27". chap. vi.
5. Voyez, sur ce qu'ils firent .ï cet 7. Voyez ce que j’ai dit an liv. V,
égard, Ïitc-Live, liv. .\LV ; l'Epitome chap. xti.
Les discordes civiles, les triumvirats, les proscriptions , affoihlircnt plus Rome qu'aucune guerre qu'elle eût encore faite : il restoit peu de citoyens*, et la plupart n’étoieni pas mariés. Pour remédier à ce dernier mal^ Césai* et Auguste rétablirent la censure, et voulurent même être censeurs*. Ils firent divers règlements : César donna des récompenses à ceux qui avoient. beaucoup d’enfants il défendit aux femmes .qui avoienû moins de quarante-cinq ans, et qui n’avoient ni maris ni enfants, de porter des pierreries, eP de se servir de litières^ ,* méthode excellente d'attaquer le célibat par la vanité. Les lois d’Auguste furent plus pressantes® : il imposa® des peines nouvelles à ceux qui n’étoient point mariés, et augmenta les récom-. penses de ceux qui l’étoient, et de ceux qui avoient des enfants. Tacite appelle ces lois Juliennes'^. Il y. a apparence qu’-on y avoit fondu les anciens règlements faits par le Sénat, le peuple et les censeurs.
La loi d'Auguste trouva mille obstacles; et, trente-quatre ans® après qu’elle eut été faite, les chevaliers romains lui en demandèrent la révocation. Il fit mettre d’un coté ceux qui étoient mariés, et de l’autre ceux qui ne l’étoient pas; ces der-. niers parurent en plus grand nombre : ce .qui étonna les citoyens, et les confondit. Auguste, avec la gravité des anciens
censeurs, leur parla ainsi ® :
(( Pendant que les maladies et les guerres nous enlèvent tant (( de citoyens, que deviendra la ville, si. on ne contracte plus « de mariages? La cité ne consiste point dans les maisons, les a portiques, les places publiques : ce sont les hommes qui font « la cité. Vous ne verrez point, comme dans les fables j .sortir. « des hommes de dessous la terre pour prendre soin, de vos « affaires. Ce n’est point pour vivre seuls que vous restez dans « le célibat : chacun de vous a des compagnes de sa table.* et a de son lit, et vûus ne cherchez que la paix dans vos déréglé- « ments. Citerez-vous ici l’exemple des vierges vestales ? Donc, « si vous ne gardiez pas les lois de la pudicité, il faudroit vous « punir comme elles. Vous êtes également mauvais citoyens, « soit que tout le monde imite votre exemple, soit que personne
^ . César, après la jruerre civile, ayant fait faire le cens^ il ne s’y trouva que cent cinquante mille chefs de famille.
{Epitome (le Fleurus sur Ïite-Live, douzième décade.)