‹ De l'Esprit des loisChapitre 571 sur 935 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

Autre paradoie de Bayle.

M. Bayle, apres avoir insulté toutes les religions, flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables chrétiens ne formeroient pas un Etat qui pût subsister, Pourquoi non ? Ce .seroient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs, et qui auroieut un très-grand zèle pour les remplir; ils sentiroient très-bien les droits de la défense naturelle : plus ils croiroient devoir à la religion, plus ils penseroient devoir à la patrie. Des principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, seroient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies , ces vertus humaines des républiques , et cette crainte sewile des Etats despotiques'.

Il est étonnant qu’on puisse imputer à ce grand homme

I. Gclto religion, que, dans la vivacité do sa jeunesse et dans la politique -légère de son premier ouvrage, Montesiiieu avoit trop peu respectée, partout ans l’Espril des Loi$ il Ip célèbre et la révère. C'est qui; maintenant il veut construire l'édifice social, et qu'il a besoin d'une colonne pour le soutenir. Sa pensée s'est agrandie comme sa tâche ; s'il combat le sophisme d'un incrédule fameux, la calomnie qu'il repousse avant toutes les antres, c'est l'idée que la religion chrétienne n'est pas propre à former des citoyens. 11 croyoit au contraire qu'elle étoit particulièrement la protectrice des monarchies tempérées; il la

concevoit, il la vouloit amie de la liberté comme des lois, n'imaginant pas sans doute que ce qu’il y a iTe plus noble, de plus grand sur la terre, puisse mal s'accorder avec un présent du ciel. La religion, malgré sa sublime origine, par l'estrémilé qui touche aux cnoses numaines, doit éprouver comme elle des vicissitudes et ues retours; mais elle est le premier gage de la civilisation moderne, qni en s’unissant à sa divine existence, partage la garantie do sa durée, et semble écuapper é la loi commune de la mortalité des empires. (M. 'Villemain, Eloge de Montesquieu.)

d'avoir méconnu l’esprit de sa propre religion ; qu'il n*ait pas su distinguer les ordres pour l'établissement du christianisme d’avec le christianisme même, ni les préceptes de l’Evangile d’avec ses conseils. Lorsque le législateur, au lieu de donner des lois, a donné des conseils, c’est qu’il a vu que ses conseils, s’ils étoient ordonnés comme des lois , seroient contraires à l’esprit de ses lois,

Page 1