‹ De l'Esprit des loisChapitre 6 sur 935 · CH.\P1TRE H · texte numérisé non relu

CH.\P1TRE H

Des lois de la uature.

Avant toutes ces lois sont celles do la nature, ainsi noiuniées parce qu’elles dérivent uniquement de la constitution de notre être. Pour les connoitre bien, il faut considérer un homme avant rétablissement des sociétés. F.es lois de la nature seront celles qu’il recevToit dans un état i>areil.

Cette loi qui, en imprimant dans nous-mêmes l’idée d’un créateur, nous porte vers lui, est la première d(» lois naturelles par son importance, et non pas dans l’ordre de ces lois. L’homme, dans l’état de nature, auroit plutôt la faculté de connoitre qu’il n’auroit des connoissances. Il est clair que ses premières idées ne seroient point des idées spéculatives : il songeroit à la conservation de son être, avant de chercher l’origine de son être, l'n homme pareil ne sentiroit d’abord que sa foiblessc; sa timidité seroit extrême; et si l’on avoit là-dessus l>esoin de l’expérience, l’on a trouvé dans les forêts des hommes sauvages ‘ : tout les fait trembler, tout les fait fuir.

Dans cet état, chacun se sent inférieur; à peine chacun se sent-il égal. On ne dïercheroit donc point à s’attaquer, et la paix seroit la première loi natui elle.

Le désir que Hobbes donne d’abord aux hommes de se subjuguer les uns les autres n’est pas raisonnable. L’idée de l’empire et de la domination est si comjrosée , et dépend de tant d’autres idées, que ce ne seroit pas celle qu’il auroit «l’abord.

Hobbes • demande pourquoi, si les hommes ne sont pas naturellement en état de guerre, ils vont toujours armés; etpour- (pioi ils ont des clefs pour fermer leure maisons. Mais on ne sent pas que l’on attribue aux hommes, avant l’établissement des sociétés, ce qui ne peut leur arriver qu’après cet établissement, qui leur fait trouver des motifs pour s’attaquer et pouise défendre.

Au sentiment de sa foiblessc l’homme joindroit le sentiment de ses besoins : ainsi une autre loi naturelle seroit celle qui lui inspireroit de chercher à sc nourrir.

J’ai dit que la crainte porteroit les hommes à sc fuir; mais les marques d’une crainte réciproque les engageroient bientôt

1. Témoin le snuvgge qni fut trouTé en Angleterre bous le règnedeGeorgesI. daoBlesrorfilsdeHaHorer,etquel’onrit 2. fn prafal. lib. Ut Cive.

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