LIVRE I, CHAPITRE I
créé un être intelligent, le créé devroit rester dans la dépendance qu’il a eue dès son origine ; qu’un être intelligent qui a fait du mal à un être iatelligent mérite de recevoir le même mal ; et ainsi du reste.
Mais il s’en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné <jue le monde (divsiiiue. Car, ipioique celui-là ait aussi des lois (jui, par leur nature, sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bornés par leur nature, et par conséquent sujets à l’erreur; et, d’un autre côté, il est de leur nature qu’ils agissent par eux-mêmes. Il ne suivent donc pas constamment leurs lois primitives; et celles mêmes qu’ils se donnent, ils ne les suivent (tas toujours.
On ne sait si les bêtes sont gouvernées par les lois générales du mouvement, ou par une motion particulière. Quoi qu’il en soit, elles n’ont point avec Dieu de rapport plus intime que le reste du monde matériel ; et le sentiment ne leur sert que dans le rapport qu’elles ont entre elles, ou avec d’autres êtres particuliers, ou avec elles-mêmes.
Par l’attrait du plaisir, elles conservent leur être i)articulier, et par le même attrait elles conservent leur espèce. Elles ont <les lois naturelles, parce qu’elles sont unies par le sentiment; (îlles n’ont point des lois |»ositives, parce qu’elles ne sont point unies par la connoissaïuîc. Elles ne suivent pas pourtant invariablement leurs lois naturelles : les plantes, eu (jui nous ne remarquons ni connoissance ni sentiment, les suivent mieux.
Les bêtes n’ont point les suprêmes avantages que nous avons ; elles en ont que nous n’avons pas. Elles n’ont point nos espérances, mais elles n’ont pas nos craintes ; elles subissent comme nous la mort , mais c’est sans la connoitre : la plupart même se conservent mieux que nous, et ne font pas un aussi mauvais usage de leurs passions.
L’homme, comme être physique, est, ainsi que les autres corps, gouverné par des lois invariables; coinine être intelligent, il viole sans cesse les lois <pic Dieu a établies, et change celles qu’il établit lui-même. 11 faut qu’il se conduise; et cependant il est un être borné; il est sujet à l’ignorance et à l’erreur, comme toutes les intelligences finies; les foibles conuoissances •lu’il a, il les perd cncoit!. Comme créature sensible, il devient sujet à mille passions, lin tel être pouvoit à tous les instants oublier son créateur : Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion; un tel être pouvoit à tous les instants s’oublier luimême : les philosophes l’ont averti par les lois de la morale;
DE l’esprit des LOIS.
fait pour vivre flans la société, il y pouvoit oublier les autres : les législateurs l’ont rendu ù ses devoirs por les U)is politiques et civiles.