‹ De l'Esprit des loisChapitre 613 sur 935 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Uc la propagation de la religion.

Tous les peuples d’Orient, excepté les Mabometans, croient toutes les religions en elles-mêmes indifTérentes. Ce n’est que comme changement dans le gouvernement qu’ils craignent l’établissement d’une autre religion. Chez les Japonois, où il y a plusieurs sectes, et où l’Etat a eu si longtemps un chef ecclésiastique, on ne dispute jamais sur la religion C II en est de même chez les Siamois*. Les Calmouks font plus : ils se font une affaire de conscience de souffrir toutes sortes de religions*. ACalicut, c’est une maxime d’État que toute religion est bonne*.

Mais il n’en résulte pas qu’une religion apporUîe d’un pays très-éloigné , et totalement différent de climat , de lois , de mœurs et de manières, ait tout le succès que sa sainteté devroit lui promettie. Cela est surtout vrai dans les grands empires despotiques : on tolère d’abord les étrangers, panæ qu’on ne fait point d’attention à ce ipii ne paroît pas blesscT la puissance du prince; on y est dans un,e ignorance extrême de tout. Un Européen peut se rendre agréable par de certaines connoissanccs qu’il procure : cela est bon pour les commencements; niais sitôt que l’on a quelque succès, que quelque dispute s’élève, que les gens qui peuvent avoir quelque inU'i êt sont avertis ; comme cet Etat, par sa nature, demande surtout la tranquillité, et que le moindre trouble peut le renverser, on proscrit d’abonl la religion nouvelle et ceux qui l’annoncent : les disputes entre ceux qui prêchent venant à éclater, on commence à se dégoûter d’une religion dont ceux mêmes qui la proposent ne conviennent pas.

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