‹ De l'Esprit des loisChapitre 633 sur 935 · LIVRE XXVI, CHAPITRE XIV. UTî · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI, CHAPITRE XIV. UTî

Ces cause.s sont si fortes et si naturelles qu’elles ont a^ri presque par toute la terre, indépendamment d’aucune communication. Ce ne sont point les Romains qui ont appris aux habitants de Formose ' que le mariage avec leurs parents au quatrième degré étoit incestueux; ce ne sont point les Romains qui l’ont dit aux Arabes*; ils ne l’ont point enseigné aux Maldives

Que si quelques peuples n’ont point rejeté les mariages entre les pères et les enfants, les sœurs et les frères, on a vu, dans le livre premier, que les êtres intelligents ne suivent pas toujours leurs lois. Qui le diroit ! des idées religieuses ont souvent , fait tomber les hommes dans ces égarements. Si les Assyriens, si les Perses ont épousé leurs mères, les premiers l’ont fait par un respect religieux pour Sémiramis ; et les seconds , parce que la religion de Zoroastre donnoit la préférence à ces mariages*. Si les Egyptiens ont épousé leurs sœurs, ce fut encore un délire de la religion égyptienne, qui consacra ces mariages en l’honneur d’Isis. Comme l’esprit de la religion e.st de nous porter <à faire avec effort des choses grandes et difficiles, il ne faut pas ‘juger qu’une chose soit naturelle, parce qu’une religion fausse l’a consacrée.

Ce principe que les mariages entre les pères et les enfants, les frères et les sœurs, sont défendus pour la conservation de la pudeur naturelle dans la maison, servira à nous faire découvrir quels sont les mariages défendus par la loi naturelle, et ceux qui ne peuvent l’ètre que par la loi civile. ‘

Comme les enfants habitent ou sont censés habiter dans la maison de leur père , et par conséquent le beau-fils avec la belle-mère, le beau-père avec la belle-fille, ou avec la fille de * sa femme , le mariage entre eux est défendu par la loi de la nature. Dans ce cas, l’image a le même^ effet que la réalité', parce qu’elle a la même cause : la loi civile ne peut ni ne doit permettre ces mariages.

Il y a des peuples chez lesquels, comme j’ai dit, les cousins germains sont regardés comme frères, parce qu’ils habitent ordinairement dans la môme maison ; il y en a où on ne cou- ' noît guère cet usage. Chez ces peuples, le mariage entre cou-

favoriscr un homme extrêmement populaire, et qui s'éloit marié avec sa cousine germaine. (Plutarque, au traité des Demandes des choses romaines.)

I . Decueil des Voyages des Indes, tom. V, part. 1, relation de l'élnt de nie de Formose.

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