LIVRE V, CHAPITRE XVI
Ce crime y étant le crime ordinaire, les confiscations y sont utiles. Par là on console le peuple; l’argent qu’on en tire est un tribut considérable, que le prince léveroit diiTicilement sur des sujets abîmés : il n’y a même, dans ces pays, aucune famille qu’on veuille conserver.
Dans les Etats modérés, c’est tout autre chose. Les confiscations rendroient la propriété des biens incertaine ; elles dépouilleroientdes enfants innocents; elles détruiroient une famille, lorsqu'il ne s’agiroit que de punir un coupable. Dans les républiques, elles feroient le mal d’ôter l’égalité qui en fait l’àme, en privant un citoyen de son nécessaire physique *.
Une loi romaine* veut qu’on ne confisque que dans le cas du crime de lèsc-majesté au premier chef. Il seroit souvent très- sage de suivre l’esprit de cette loi, et de borner les confiscations à de certains crimes*. Dans les pays où une coutume locale a disposé des propres, Bodin * dit très-bien qu’il ne faudroit confisquer que les acquêts.