LIVRE V, CHAPITRE XVIII
|tas même les rois. L’empereiir du Mofiol ' ne reçoit point les requêtes de ses sujets qu’il n’eu ait reçu quelque chose. Ces princes vont jusqu’à corrompre leurs propres grâces.
Cela doit être ainsi dans un gouvernement où personne n’est citoyen ; dans un gouvernement où l’on est plein de l’idée que le supérieur ne doit rien à l’inh-rieur; dans un gouvernement où les hommes ne se croient liés q’ue par les châtiments (jue les uns exercent sur les autres; dans un gouvernement où il y a peu d’afTaircs , et où il est rare (juc l’on ait liesoin de se présenter devant un grand, de lui faire des demandes, et encore moins des plaintes.
Dans une république, les présents sont une chose odieuse, j)arce que la vertu n’en a pas besoin. Dans une monarchie, l’honneur est un motif plus fort que les présents. Mais, dans l’Etat despotique, où il n’j a ni honneur ni vertu, on ne peut être déterminé à agir que par l’espérance des conmiodités de la vie. ’
C’est dans les idées de la république, que Platon * vouloit que ceux qui reçoivent des présents pour faire leur devoir fussent punis de mort. «Il n’en faut prendre, disoit-il, ni pour les cho- « ses bonnes, ni pour les mauvaises. «
C’étoit une mauvaise loi que cette loi romaine ’ qui permettoit aux magistrats de prendre de petits présents pourvu qu’ils ne passassent pas cent écus dans toute l’année. Ceux à qui on ne donne rien ne désirent rien; ceux à qui on donne un peu désirent bientôt un p(!u plus, et ensuite beaucoup.
D’ailleurs, il est plus aisé de c.onvaincre celui qui, ne devant rien prendre, prend quelque chose, que celui qui prend plus, lorsqu’il devroit prendre moins, et qui trouve toujours pour i
cela des prétextes, des excuses, des causes et des raisons jdausihles.
CIlAPl’fRE XVIII ^
Des récompenses que le souverain donne.
Dans les gouvernements despotiques, où, comme nous avons dit, on n’est déterminé à agir que par l’espérance des coin- *.
modités de la vie, le prince qui récompense n’a que de l’argent à donner. Dans une monarchie où l’honneur règne seul, le prince ne récompenseroit que par des distinctions, si les distinctions que l’honneur établit n’étoient jointes à un luxe qui
I . Recueil des rayages gui ont servi 1. Livre XII des Lois. :
à l’établissement de la compagnie des 's. Leg.\\,^2,/Jig.adleg.Jul.repet.
Indes, tome 1, page 80. l. Munuscula. ^
ti« DE L’ESPRIT DES LOIS.
(lumic nt'cessai renient des Itesoins : le prince y récompense donc par des honneurs qui nièiieiit à la fortune. Mais, dans une it'publique où la vertu régné, motif qui se suffit à lui-même et exclut tous les autres, l’Etat ne iN'Compcnse que par des témoignages de cette vertu.
C’est une règle, générale, que les grandes récompenses, dans une monareliic et dans une lépuhliquo, sont un signe de leur dccadence, paree qu'elles prouvent que leurs principes sont corrompus; que, d’un côté, l’idée de l’iionncur n’y a plus tant <le force ; que, de l’autre, la qualité de citoyens s’est alfoihlie.
Les plus mauvais empereurs romains ont été ceux qui ont le plus donné, par exemple, Calignia, Claude, Néron, Othon, Vitellius, Commode, Héliugabale et Caracalla. Les meilleurs, comme Auguste, Vespasien, Antoiiin l’ie, Marc Aurèle et Fertinax, ont été économes. Sous les bons empereurs, l’Etat reprenoit ses principes : le trésor de l’honneur suppléolt aux autres trésors.