I. I)ans!((s Se«(«ncej, liv. IV, t. ix. pag. !)U
■2. Délia guerra itrile dl rrancia, n. I.iv. IX tiei Loif.
dk i/esprit des lois.
son efTft, et il ne faut pas itermettre d’y déroger par une convention particulière.
La loi Falcidie ordonnoit, chez les Romains, que l’héritier eût toujours la quatrième partie de l’hérédité ; une autre loi ’ permit au testateur de défendre à l’héritier de retenir cette ijuatrii'mc partie : c’est se jouer des lois. La loi Falcidie devt‘noit inutile : car, si le testaU'ur vouloit favoriser son héritiei-, celui-ci n’avoit pas besoin de la loi Falcidie; et s’il ne vouloit pas le favoriser, il lui défendoit de se servir de la loi Falcidie.
Il faut prendre garde que les lois soient conçues de manb're •m’elles ne choquent point la nature des choses. Dans la proscription du prince d’Orange, Philippe 11 promet à celui qui le tuera de donner à lui ou à ses héritiers vingt-cinq mille écus et la noblesse; et cela en parole de roi, et comme serviteur de Dieu. La noblesse promise pour une telle action ! une telle action ordonnée en qualité de serviteur de Dieu! tout cela renverse également les idées de l’honneur, celles de la ihorale, t>t celles de la religion.
11 est rare qu’il faille défendre une chose qui n’est pas mauvaise, sous prétexte de quelque perfection qu’on imagine.
Il faut dans les lois une certaine candeur. Faites i)our punir la méchanceté des hommes, elles doivent avoir elles-mêmes la plus grande innocence. On peut voir dans la loi des Wisigoths cette requête ridicule par laquelle on fit obliger les Juifs à manger toutes les choses apprêtées avec du cochon, pourvu qu’ils ne mangeassent pas du cochon même*. C’étoit une grande cruauté : on les soumettoit à une loi contraire à la leur; on ne leur laissoit garder de la leur que ce qui pouvoit être un signe pour les reconnoître.
LHAPlfRE XVII
Mauvaise manière de doiiuer des lois.
Les empereurs ron.ains manifestoient, comme nos princes, leurs volontés par des décrets et des édits; mais, ce que nos princes ne font pas, ils permirent que les juges ou les particuliers, dans leurs dilfércnds, les interrogeassent par lettres; et leurs réponses étoient appelées des rcscrits. Les décrétales des papes sont, à proprement parler, des rescrits. On sent que c’est une mauvaise sorte de législation. Ceux qui demandent ainsi des lois sont de, mauvais guides pour le législateur; les faits .sont toujours mal exposés. Trajan, dit Jules Capitolin refusa
I. C.’cst raullK'iiliqim, .Sodc«m /fOrt- H. Liv. .\II, lit. il, g 16.
Ole. 3. Voy. Iule* C.apiloHn, in Macrino,
LÎVRK XXIX, OIIAPITRE XIX. îi.'I?
souvent de donner de ces sortes de rescrits, afin qu’on iréteiidît pas à tous les cas une décision, et souvent une faveur particulière. Macrin avoit résolu d’abolir tous ces rescrits*; il ne pouvoit souffrir qu’oïi regardât coniine des lois les réponses d(* Commode, de Caracalla, et de tous ces autres princes pleins d’impéritie. Justinien pensa autrement, et il en remplit sa compilation.
Je voudrois que ceux qui lisent les lois romaines distinguassent bien ces sortes d’hypothèses d’avec les .sénatu.s-consultes, l(‘s plébiscites , les constitutions générales des empereurs, et toutes les lois fondées sur la nature des chos(*s, sur la fragilité des femmes, la foiblessc des mineurs et rutilité publique*.
CHAPITRK XVIII
Des idées d’uiiiformilé.
Il Y a de certaines idées d’uniformité qui sai.sis.sent quelquefois les grands esprits (car elles ont touché Charlemagne), mais qui frappent infailliblement les petits. Ils y trouvent un genre (ic perfection qu’ils reconnoissent, parce qu’il est impossible d(‘ ne le pas découvrir : les mêmes poids dans la police, les mêmes mesures dans le commerce, les mêmes lois dans l’Etat, la même religion dans toutes .ses partie.s. Mais cela cst-il toujours à pror pos sans exception? Le mal de changer cst-il toujours moins grand que le mal de souffrir? Et la grandeur du génie ne consisteroit-ollo pas mieux à savoir dans quel cas il fautTuniformité, et dans quel cas il faut des différences? A la Chine, les Chinois sont gouvernés par le cérémonial chinois, les Tartares par le cérémonial tartarc ; c’est pourtant le peuple du monde qui a h‘ plus la tranquillité pour objet. Lorsque les citoyens suivent les lois, qu’importe (pi’ils suivent la même?