‹ De l'Esprit des loisChapitre 780 sur 935 · LIVRE XXX, CHAPITRE XI. B · texte numérisé non relu

LIVRE XXX, CHAPITRE XI. B

Thcodoric, roi d’Italie, dont l’esprit et la politique étoicnt de se distinfïuer toujours des autres rois barbares, envoyant son armée dans la Gaule, écrit au général : « ^ Je veux qu’on suive « les lois romaines, et que vous rendiez les esclaves fugitifs à a leurs maîtres : le défenseur de la liberté ne doit point favo- « riser l’abandon de la servitude. Que les autres rois se plaisent « dans le pillage et la ruine des villes qu’ils ont prises; nous « voulons vaincre de manière que nos sujets se plaignent d’a- « voir acquis trop tard la sujétion. » 11 est clair qu’il vouloit rendre odieux les rois des Francs et des Bourguignons, et qu’il faisoit allusion à leur droit des gens.

Ce droit subsista dans la seconde race : l’armée de Pépin étant entrée en Aquitaine, revint en France chargée d’un nombre infini de dépouilles et de serfs, disent les annales de Metz*.

Je pourrois citer des autorités sans nombre’. Et comme, dans ces malheurs, les entrailles de la charité s’émurent; comme plusieurs saints évêques, voyant les captifs attachés deux à deux, employèrent l’argent des églises, et vendirent même les va.ses sacrés pour en racheter ce qu’ils purent; que de.s saints moines s’y employèrent; c’est dans la vie des saints que l’on trouve les plus grands éclaircissements sur cotte matière*. Quoiqu’on puisse reprocher aux auteurs de ces vies d’avoir été quelquefois un peu trop crédules sur des choses que Dieu a certainement faites si elles ont été dans l’ordre de ses desseins, on ne laisse pas d’en tirer de grandes lumières sur les mœurs et les usages de ces temps-là.

Quand on jette les yeux sur les monuments de notre histoire et de nos lois, il semble que tout est mer, et que les rivages mêmes manquent à la mer®. Tous ces écrits froids, secs, insipides et durs, il faut.les lire, il faut les dévorer, comme la Fable dit que Saturne dévoroit les pierres.

Une infinité de terres (jue des hommes libres faisoient valoir se changèrent en mainmortablcs '. (luand un pays se trouva privé des hommes libres qui l’habitoient, ceux qui avoientbeau-

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