‹ De l'Esprit des loisChapitre 81 sur 935 · LIVRE VI, CHAPITRE I. Ti · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE I. Ti

des hommes. C’est un mal nécessaire que le législateur corrige de temps en temps, comme contraire même à l’esprit des gouvernements modérés. Car, quand on est obligé de recourir aux tribunaux, il faut que cela vienne de la constitution, et non pas des contradictions et de l’incertitude des lois.

Dans les gouvernements où il y a nécessairement des distinctions dans les personnes, il faut qu’il y ait des privilèges.” Cela diminue encore la simplicité, et fait mille exceptions.

Un des privilèges les moins à charge à la société, et surtout à celui qui le donne, c’est de plaider devant un tribunal plutôt que devant un autre. Voilà de nouvelles affaires; c’est-à-dirc celles où il s'agit de savoir devant quel tribunal il faut plaider.

Les peuples des Etats despotiques sont dans un ras bien différent. Je ne sais sur quoi, dans ces pays, le législateur pourroit statuer, ou le magistrat juger. 11 suit de ce que les terres appartiennent au prince, qu’il n’y a presque point de lois civiles sur la propriété des terres. 11 suit du droit que le souverain a de succéder, qu’il n’y en a pas non plus sur les successions. Le négoce exclusif qu’il fait dans quelques pays rend inutiles toutes sortes de lois sur le commerce. Les mariages que l’on y contracte avec des filles esclaves font qu’il n’y a guère de lois civiles sur les dots et sur les avantages des femmes. Il résulte encore de cette prodigieuse multitude d’esclaves qu’il n'y a presque point de gens qui aient une volonté propre, et qui par conséquent doivent répondre de leur conduite devant un juge. La plupart des actions morales, qui ne sont que la volonté du père, du mari, du maître, se ri;glent par eux, et non par les magistrats.

J’oubliois de dire que ce que nous appelons rhonneur étant à peine connu dans ces Etats, toutes les affaires qui regardent cet honneur, qui est un si grand chapitre parmi nous, n'y ont point de lieu. Le despotisme se suffit à lui-même ; tout est vide autour de lui. Aussi lorsque les voyageurs nous décrivent les pays où il règne, rarement nous parlent-ils des lois civiles '.

Toutes les occasions de dispute et de procès y sont donc ôtées. C’est ce qui fait en partie qu’on y maltraite si fort les plaideurs : l’injustice de leur demande paroit à découvert, n’étant |)as cachée, palliée ou protégée par une iiifinih; de lois.

I. An Matnlipatnn on n’npu déconvrir iju'il y PiU do loi èorite. Voyoi le Jle- CttfH ’rfe* toynife$ f/ui ont serti à l'établissement de la comi>ar)nie des Indes, loin. IV, pnrlie première, pnge 391. Lea Indiens ne sa règlent, dans les juge-

ments. que sur de certaines eoiiliimes.

LeVeaani et autres livres pareils ne. rontionnent point de luis civiles, 1,,^;, préeeples religieux. Voyci Lettres édifiantes, quatorzième recueil.

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