LIVRE XXX, CHAPITRE XXIV
(jhapitue xxiii
Idée géoérale du livre de V Établissement de la monarchie française dans les Oaules, par M. l'abbé Dubos.
Il est bon qu’avant de finir ce livre j'e.vamine un peu l’ouvrage de M, l'abbé Dubos, parce que mes idées sont perpétuellement contraires aux siennes, et que, s'il a trouvé la vérité, je ne l'ai pas trouvée.
Cet ouvrage a séduit beaucoup de gens, parce qu’il est écrit avec beaucoup d’art; parce qu’on y suppose éternellement ce qui est en question ; parce que, plus on y manque de preuves, plus on y multiplie les probabilités; parce qu’une infinité de conjectures sont mises en principe, et qu’on en tire comme conséquences d’autres conjectures. Le lecteur oublie qu’il a douté, pour commencer à croire. Lt, comme une érudition sans fin est placée, non pas dans le système, mais à côté du système, l’esprit est distrait par des accessoires, et ne s’occu|)e plus du principal. D’ailleurs, tant de recherches ne permettent jias d’imaginer qu’on n’ait rien trouvé : la longueur du voyage fait croire qu’on est enfin arrivé.
Mais, quand on examine bien, on trouve un colosse immense qui a des pieds d’argile; et c’est parce que le pieds sont d’argile que le colosse est immense. Si le système de M. l’abbé Dubos avüit eu de bons fondements, il n’auroit pas été obligé de faire trois mortels volumes pour le prouver : il auroit tout trouvé dans son sujet ; et, sans aller clicrcher de toutes parts ce qui en étoit très-loin, la raison elle-même se scroit chargée .. de placer cette vérité dans la chaîne des autres vérités. L’hi.stoire et nos lois lui auroieut dit: «Ne prenez point tant de peine : •
« nous rendrons témoignage do vous. »