‹ De l'Esprit des loisChapitre 846 sur 935 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Des grands offices et des fiefs sous les maires du palais.

Les maires du palais n’eurent garde de rétablir l’amovibilité des charges et des offices;. ils ne régnoient que par la protection

qu’ils accordoieiit à cct cp:ard à la noblesse : ainsi les grands offices continuèrent à être donnés pour la vie, et cet usage se confirma de plus en plus.

Mais j’ai des réflexions particulières à faire sur les fiefs. Je ne puis douter que, dès ce temps-là, la plupart n’eussent été rendus héréditaires.

Dans le traité d’Andeli*, Contran et son neveu Childebert s’obligent de maintenir les libéralités faites aux leudes et aux églises par les rois leurs prédécesseurs; et il est permis aux reines, aux filles, aux veuves des rois, de disposer par testament, et pour toujours, des choses qu'elles tiennent du fisc.

Marculfe écrivoît ses formules du temps des maires. On' en voit plusieurs où les rois donnent et à la personne et aux héritiers; et, comme les formules sont les images des actions ordinaires de la vie, elles prouvent que , sur la fin de la première - race, une partie des fiefs passoit déjà aux héritiers. 11 s’en falloit bien que l’on eût dans ces temps-là l’idée d’un domaine inaliénable: c’est une chose très-moderne, et qu’on ne connoissoit alors ni dans la théorie, ni dans la pratique.

On verra bientôt sur cela des preuves de fait; et, si je montre un temps où il ne se trouva plus de bénéfices pour l’armée, ni aucun fonds pour son entretien, il faudra bien convenir que les anciens bénéfices avoient été aliénés. Ce temps est celui de Charles-Martel, qui fonda de nouveaux fiefs qu’il faut bien distinguer des premiers.

Lorsque les rois commmencèrent à donner pour toujours, soit par la corruption qui se glissa dans le gouvernement, soit par Ja constitution même qui faisoit que les rois étoient obligés de récompenser sans cesse, il étoit naturel qu’ils commençassent plutôt à donner à perpétuité les fiefs que les comtés. Se priver de quelques terres étoit peu de chose; renoncer aux grands offices, c’étoit perdre la puissance même.

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