‹ De l'Esprit des loisChapitre 845 sur 935 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

Seconde époque de l’abaissement des rois de la première race.

Depuis le supplice de Brunchault, les maires avoient été administrateurs du royaume sous les rois ; et, quoiqu’ils eussent la conduite de la guerre, les rois étoient pourtant à la tête des armées, et le maire et la nation combattoient sous eux. Mais la victoire du duc Pépin sur Théodoric et son maire acheva de dégrader les rois; celle que remporta Charles Martel sur Chilpéric et son maire Rainfroy confirma cette dégradation. L’Austrasie triompha deux fois de la N'eustrie et de la Bourgogne ; et la mairie d’Austrasie étant comme attachée à la famille des Pépins, cette mairie s’éleva sur toutes les autres mairies, et cette maison sur toutes les autres maisons. Les vainqueurs craignirent que quelque homme accrédité ne se saisît de la personne des rois pour exciter des troubles. Il les tinrent dans une maison royale, comme dans une espèce de prison. Une fois, chaque année, ils étoient montrés au peuple. Là ils faisoient des ordonnances, mais c’étoient celles du maire ; ils répondoient aux ambassadeurs, mais c'étoient les réponses du maire. C’est dans ce temps que les historiens nous parlent du gouvernement des maires sur les rois qui leur étoient assujettis.

Le délire de la nation pour la famille de Pépin alla si loin, qu’elle élut pour maire un de ses petits-fils qui étoit encore dans l’enfance; elle l’établit sur un certain Dagobert, et mit un fantôme sur un fantôme.

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