‹ De l'Esprit des loisChapitre 871 sur 935 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Continuation du même sujet.

Le clergé eut sujet de se repentir de la protection qu’il avoit accordée aux enfants de Louis le Débonnaire. Ce prince, comme j’ai dit, n'avoit jamais donné de préceptions des biens de l’Eglise aux laïques*; mais bientôt Lothaire en Italie, et Pépin en Aquitanie, quittèrent le plan de Charlemagne, et reprirent celui de Charles Martel. Les ecclesiastiques eurent recours à l’empereur contre ses enfants; mais il avoient alfoihii euxmémes l’autorité qu’ils réclamoient. En Aquitaine, on eut quelque condescendance; en Italie, on n’ohéit pas.

Les guerres civiles, qui avoient troublé la vie de Louis le Débonnaire, furent le germe de celles qui suivirent sa mort. Les trois frères, Lothaire, Louis et Charles, cherchèrent, chacun de leur côté, à attirer les grands dans leur parti, et à se faire des créatures. Ils donnèrent à ceux qui voulurent les sui^Te des préceptions des biens de l’Eglise; et, pour gagner la noblesse, ils lui livrèrent le clergé.

On voit, dans les capitulaires, que ces princes furen obligés de céder à l’importunité des demandes, et qu’on leur arracha souvent ce qu’ils n’auroient pas voulu donner ; on y voit que le clergé se croyoit plus opprimé par la noblesse que par les rois. 11 paroît encore que Charles le Chauve fut celui qui attaqua le plus le patrimoine du clergé, soit qu’il fût le plus irrité contre lui, parce qu’il avoit dégradé son père à son occasion, soi qu’il fût le plus timide. Quoi qu’il en soit, on voit dans les capitulaires des querelles continuelles entre le clergé qui demandoit ses biens, et la noblesse qui refusoit, qui éludoit, ou qui difîéroit de les rendre, et les rois entre doux.

C’est un spectacle digne de pitié , de voir l’état des choses en ces temps-là. Pendant que Louis le Débonnaire faisoit aux églises des dons immenses de ses domaines, ses enfants distribuoient les biens du clergé aux laïques. Souvent la même^ main qui fondoit des abbayes nouvelles dépouilloit les anciennes. Le clergé n’avoit point un état fixe. On lui ôtoit : il regagnoit, mais la couronne perdoit toujours.

1. Voyez le fragment de la rlironique 2. Voyez ce que disent Ica évêqoes du monastère de Saint-Serge d'Angers, dans le synode de l’an 845, apud Teudant Dnehesne, tom. II, gag. 401. donis vil/om, art. 4.

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