‹ De l'Esprit des loisChapitre 885 sur 935 · LIVRE XXXI, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAPITRE XXX

aux enfants passassent aussi aux petits-enfants j et que celui dont le frère étoit mort sans héritiers légitimes pût succéder au fief qui avoit appartenu à leur père commun : cela fut accordéon y ajoute (et il faut se souvenir que ceux qui parlent vivoient du temps de l’empereur Frédéric 1"‘) « que les anciens « jurisconsultes avoient toujours tenu que la succession des a fiefs, en ligne collatérale, ne passoit point au delà des frères « germains, quoique, dans des temps modernes, ou l’eût portée U jusqu’au septième degré, comme, par le droit nouveau, on « l’avoit portée en ligne directe jusqu’à l’inlini*. » C’est ainsi que la loi de Conrad rec-ut peu à peu des extensions.

Toutes ces choses supposées, la simple lecture de l'histoire de France fera voir que la pei’pétuité des fiefs s’établit plutôt en France qu’en Allemagne. Lorsque l’empereur Conrad II commença à régner en 1024, les choses se trouvèrent encore en Allemagne comme elles étoicut déjà en France sous le règne de Charles le Chauve, qui mourut en 877. Mais en France, depuis le règne de Charles le Chauve, il se fit de tels changements que Charles le Simple se trouva hors d’état de disputer à une maison étrangère ses droits incontestables à l’empire ; et qu’enfin, du temps de Hugues Capet, la maison régnante, dépouillée de tous ses domaines, ne put pas même soutenir la couronne.

La foihlesse d’esprit de Charles le Chauve mit en France une égale füibicsse dans l’EtaL Mais comme Louis le Cermanique son frère, et quelques-uns de ceux qui lui succédtTcnt, eurent de plus grandes qualités, la force de leur Etat se soutint plus longtemps.

Que dis-je? Peut-être que l’humeur flegmatique, et, si j’ose le dire, l’immutabilité de l’esprit de la nation allemande, résista plus longtemps que celui de la nation françoisc à cette disposition des choses, qui faisoit que les fiefs, comme par une tendance naturelle, se perpétuoient dans les familles.

J’ajoute que le royaume d’Allemagne ne fut pas dévasté, et, pour ainsi dire, anéanti, comme le fut celui de France, par ce genre particulier de guerre que lui firent les Normands et les Sarrasins. 11 y avoit moins de richesses en Allemagne, moins de villes à saccager, moins de côtes à parcourir, plus de marais à franchir, plus de forêts à pénétrer. Les princes, qui ne virent pas à chaque instant l’Etat prêt à tomber, eurent moins besoin de leurs vassaux, c’est-à-dire en dépendirent moins. Et il y a apparence que, si les enqiereui’s d’Allemagne n’avoient été i. Cujas l’a très-bien prouvé. 2. Liv. I dcsüefs, tit. i.

obligés de s’allcr faire couronner à Home, et de faire des expéditions continuelles en Italie, les fiefs auroient conservé plus longtemps chez eux leur nature primitive.

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