‹ De l'Esprit des loisChapitre 907 sur 935 · HUITIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

HUITIÈME OBJECTION

L’auteur à dit, en parlant de l’homme : « Un tel être pouvoit à tous les instants oublier son créateur ; Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion : un tel être pouvoit à tous les instants s’oublier lui-même ; les philosophes l’ont averti par les lois de la morale : fait pour vivre dans la société, il y pouvoit oublier les autres ; les législateurs l’ont rendu à ses devoirs par les lois politiques- et civiles'.» Donc, dit le critique, selon l’auteur, le gouvernement du monde intelligent est partagé entre Dieu, les philosophes, et les législateurs, etc. Où les philosophes ont-ils appris les lois de la morale? où les législateurs ont-ils vu ce qu’il faut prescrire pour gouverner les sociétés avec équité * î

RÉPONSE

Et cette réponse est très-aisée. Ils l’ont appris dans la révélation, s’ils ont été assez heureux pour cela ; ou bien dans cette loi qui, en imprimant en nous l’idée du créateur, nous porte vers lui. L’auteur de VEsprü des Lois a-t-il dit comme Virgile: «César partage l’empire avec Jupiter? » Dieu, qui gouverne l’univers, n’a-t-il pas donné à de certains hommes plus de lumières, à d’autres plus de puissance ? Vous diriez que l’auteur a dit que, parce que Dieu a voulu que des hommes gouvernassent des hommes, il n’a plus voulu qu’ils lui obéissent, et qu’il s’est démis de l’empire qu’il avoit sur eux, etc. Voilà où sont réduits ceux qui, ayant beaucoup de foiblesse pour raisonner, ont beaucoup de force pour déclamer. ■*.

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