CLIMAT
Ce que l’auteur a dit sur le climat est encore une matière très-propre pour la rhétorique. Mais tous les effets quelconques ont des causes : le climat et les autres causes physiques produisent un nombre infini d’effets. Si l’auteur avoit dit le contraire, on Tauroit regardé comme un homme stupide. Toute la question se réduit à savoir si, dans des pays éloignés entre eux, si, sous des climats différents, il y a des caractères d’esprit nationaux. Or, qu’il y ait de telles différences, cela est établi par runivcrsalité presque entière des livres qui ont été écrits. Et, comme le caractère de l’esprit influe beaucoup dans la disposition du cœur, on ne sauroit encore douter qu’il n’y ait de certaines qualités du cœur plus fréquentes dans un pays que dans un autre; et l’on en a encore pour preuve un nombre infini d’écrivains de tous les lieux et de tous les temps. Comme ces’choses sont humaines, l’auteur en a parlé d’une façon humaine. Il auroit pu joindre là bien des questions que l’on amte, dans les écoles, sur les vertus humaines et sur les vertus chrétiennes; mais ce n’est point avec ces questions que l’on fait des livres de physique, de politique, et de jurisprudence. En un mot , ce physique du climat peut produire diverses dispositions dans les esprits; ces dispositions peuvent influer sur les actions humaines : cela choque-t-il l’empire de celui qui a créé, ou les mérites de celui qui a racheté?
Si l’auteur a recherché ce que les magistrats de divers pays pouvoient faire pour conduire leur nation de la manière la plus convenable et la plus conforme à son caractère, quclmal a-t-il fait en cela?
On raisonnera de même à l’égard de diverses pratiques locales de religion. L’auteur n’avoit à les considérer ni comme
bonnes, ni comme mauvaises : il a dit seulement qu’il y avoit des climats où de certaines prati(iues de reli^nun étuieiit plus aisées à recevoir, c’est-à-dire étoient plus aisées à pratiquer par les peuples de ces climats que par les peu[)les d’un autre. De ceci, il est inutile do donner des exemples; il y en a cent mille.
Je sais bien que la reli;;ion est indépendante par elle-même de tout effet physique quelconque; que celle qui est bonne dans un pays est bonne dans un autre; et qu’elle ne peut être mauvaise dans un pays sans l’être dans tous : mais je dis que, comme elle est pratiquée par les hommes et pour les hommes, il y a des lieux où une religion quelconque trouve plus de facilité à être pratiquée, soit en tout, soit en partie, dans de certains pays que dans d’autres, et dans de certaines circonstances que dans d’autres : et, dès que quelqu’un dira le contraire, il renoncera au bon sens.
L’auteur a remarqué que le climat des Indes produisoit une certaine douceur dans les mœurs. Mais, dit le critique, les femmes s’y brûlent à la mort de leur mari. Il n’y a guère de philosophie dans cette objection. Le critique ignore-t-il les contradictions de l’esprit humain, et comment il sait séparer les choses les plus unies, et unir celles qui sont les plus séparées? Voyez là-dessus les réflexions de l’auteur, au chapitre troisième du livre quatorzième.