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TOLÉRANCE

Tout ce que l’auteur a dit sur la tolérance se rapporte à cette proposition du chapitre neuvième, livre vingt-cinquième : « Nous sommes ici politiques, et non pas théologiens : et, pour les théologiens mêmes, il y bien de la différence entre tolérer une religion, et l’approuver.

« Lorsque les lois de l’Etat ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu’elles les obligent aussi à se tolérer entre elles. » On prie de lire le reste du chapitre.

On a beaucoup crié sur ce que l’auteur a ajouté au chapitre dixième, livre vingt-cinquième : « Voici le principe fondamental des lois politiques en fait de religion : quand on est le maître, dans un Etat, de recevoir une nouvelle religion, ou de ne la pas recevoir, il ne faut pas l’y établir; quand elle y est établie, il faut la tolérer. »

On objecte à l’auteur qu’il va avertir les princes idolâtres de fermer leurs Etats à la religion chrétienne : effectivement, c’est un secret qu’il a été dire à l’oreille au roi de la Cochin-

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chine. Comme cet argument a fourni matière à beaucoup de déclamations, j'y ferai deux réponses. La première, c’est que l'auteur a excepté nommément dans son livTe la religion chrétienne. Il a dit au livre vingt-quatrième, chapitre premier, à la fin ; « La religion chrétienne, qui ordonne aux hommes de s'aimer, veut sans doute que chaque peuple ait les meilleures lois politiques et les meilleures lois civiles, parce qu'elles sont, après elle, le plus grand bien que les hommes puissent donner et recevoir. » Si donc la religion chrétienne est le premier bien, et les lois politiques et civiles le second , il n'y a point de lois politiques et civiles, dans un Etat, qui puissent ou doivent y empêcher l'entrée de la religion chrétienne.

Ma seconde réponse est que la religion du ciel ne s'établit pas par les mômes voies que les religions de la terre. Lisez l'histoire de l'Eglise, et vous verrez les prodiges de la religion chrétienne. A-t-elle résolu d'entrer dans un pays, elle sait s’en faire ouvrir les portes; tous les instruments sont bons’ pour . cela ; quelquefois Dieu veut se servir de quelques pécheurs; quelquefois il va prendre sur le trône un empereur, et fait plier sa tête sous le Joug de l’Evangile. La religion chrétienne se cache-t-elle dans les lieux souterrains, attendez un moment, et vous verrez la majesté impériale parler pour elle. Elle traverse, quand elle veut, les mers, les rivières et les montagnes ; ce ne sont pas les obstacles d’ici-bas qui l’empêchent d’aller. Mettez de la répugnance dans les esprits, elle saura vaincre ces répugnances; établissez des coutumes, formez des usages, publiez des édits, faites des lois, elle triomphera du climat, des lois qui en résultent, et des législateurs qui les auront faites. Dieu, suivant des decrets que nous ne connoissons point, étend ou resserre les limites de sa religion.

On dit; « C’est comme si vous alliez dire aux rois d'Orient qu'il ne faut pas qu’ils reçoivent chez eux la religion chrétienne. « C’est être bien charnel que de parler ainsi ! Etoit-ce donc Hérôde qui devoit être le Messie ! Il semble qu'on regarde Jésus-Christ comme un roi qui, voulant conquérir un Etat voisin, cache ses pratiques et ses intelligences. Rendons-nous justice :1a manière dont nous nous conduisons dans les affaires humaines est-elle assez pure pour penser à l'employer à la conversion des peuples?

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