CHAPITRE VI
De la corruption du principe de la monarchie.
\iOMME les démocraties se perdent lorsque le peuple dépouille le sénat, les magistrats et les juges, de leurs fonctions; les monarchies se corrompent lorsqu'on ôte peu à peu les prérogatives des corps ou les jirivileges des villes. Dans le premier cas, on va au despotisme de tous; dans l'autre, au despotisme d'un seul. « Ce qui perdit les dynasties de Tsin et de
(i) Justin attribue à la mort d'Epaminondas l'extinction de la vertu à Athènes. N'ayant plus d'émulation, ils dépensèrent leurs revsîuus eu (êtes, fre~ (jiicntiiisiœnam ijtiarA casira ■viscnles. Pour lors les Macédoniens sortirent de l'obscurité. Liv. VL
26 DE l'esprit DES LOIS.
o Soûl, dit un auteur chinois, c'est qu'au lieu « de se borner, comme les anciens, à unein- « spection générale, seule digne du souverain, n les princes voulurent gouverner tout immé- « diatement par eux-mêmes (i). » L'auteur chinois nous donne ici la cause de la corruption de presque toutes les monarchies. r La monarchie se perd lorsqu'un prince croit qu'il montre plus sa puissance en changeant l'ordre des choses qu'en le suivant; lorsqu'il ôte les fonctions naturelles des uns pour les donner arbitrairement à d'autres, et lorsqu'il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses volontés.
La monarchie se perd lorsque le prince, rapportant tout uniquement à lui , appelle l'état à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à sa seule personne.
Enfin elle se perd lorsqu un prince méconnoit son autorité , sa situation , l'amour de ses peuples , et lorsqu'il ne sent pas bien qu'un monarque doit se juger en sûreté, comme un despote doit se croire en péril.