‹ De l'esprit des loixChapitre 140 sur 313 · LIVRE VIII, CUAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CUAP. VII

ques de la première servitude; lorsqu'on ôte aux grands le respect des peuples, et qu'on les rend de vils instruments du pouvoir arbitraire.

Il se corrompt encore plus lorsque l'honneur a été mis en contradiction avec les honneurs , et que l'on peut être à la fois couvert d'infamie (i) et de dignités.

Il se corrompt lorsque le prince change sa justice en sévérité; lorsqu'il met, comme les empereurs romains une tête de Méduse sur sa poitrine (2); lorsqu'il prend cet air menaçant et terrible que Commode faisoit donner à ses statues (3).

Le principe de la monarchie se corrompt lorsque des âmes singulièrement lâches tirent vanité de la grandeur que pourroit avoir leur

(i) Soas le règne de Tibère on éleva des statues et l'on donna les ornements triomphaux aux délateurs ; ce qui avilit tellement ces honneurs, ijue ceux qui les avoient mérités les dédaignèrent. Fragm. de Dion, 1. LVIII, tiré de l'Extrait des vertus et des vices de Const. Porphyrog, Voyez dans Tacite comment Néron, sur la découverte et la punition d'une prétendue conjuration, donua à Petrouius Turpilianus ,à Nerva , àTigellinus, les ornements triomphaux. Annal. 1. "X.IV. Voyez aussi comment les généraux dédaignèrent de faire la guerre , parcequ'ils en méprisoient les honneurs. Pervul^atis triumpht insis,nibus. Tacite, Annal. 1. "XIII. — (a) Dans cet état le prince savoit bien quel étoit le principe de son gouvernement. — (3) Hérodien.

lb DE l'esprit des lois.

servitude, et qu'elles croient que ce qui iait que l'on doit tout au prince fait que l'on ne doit rien à sa patrie.

Mais s'il est vrai (ce que l'on a vu dans tous les temps) qu'à mesure que le jiouvoir du monarque devient immense, sa sûreté diminue; corrompre ce pouvoir jusqu'à le faire cîianger de nature, n'est-ce pas un crime de lese-majesté contre lui ?

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