‹ De l'esprit des loixChapitre 14 sur 313 · LIVRE II, CH \ p. 1 I I. OJ · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH \ p. 1 I I. OJ

les distinctions les plus affligeantes , quand on seroit choisi par le soi-t , on n'en seroit pas moins odieux : c'est le noble qu'on envie , et non pas le magistrat.

Lorsque les nobles sont en grand nombre , il faut un sénat qui règle les affaires que le corps des nobles ne sauroit décider , et qui prépare celles dont il décide. Dans ce cas, on peut dire que l'aristocratie est en quelque sorte dans le sénat , la démocratie dans le corps des nobles, et que le peuple n'est rien.

Ce sera une chose très heureuse dans l'aristocratie , si , par quelque voie indirecte , on fait sortir le peuple de son anéantissement : ainsi à Gênes la banque de S.-George, cjui est administrée en grande partie par les principaux du peuple (i), donne à celui-ci une certaine influence dans le gouvernement, qui en fait toute la prospérité.

Les sénateurs ne doivent point avoir le droit de remr)lacer ceux qui manquent dans le sénat ; rien ne seroit plus capable de perpétuer les abus. A Rome , qui fut dans les premiers temps une espèce d'aristocrati-e , le sénat ne se suppléoit pas lui-même ; les sénateurs nouveaux étoient nommés (2) par les censeurs.

Une autorité exorbitante , donnée tout à coup à un citoyen dans une république , forme une monarchie , ou plus qu'une monarchie.

(i) Voyez M. Addisson, Voyages d'Italie, p. 16. — (2) Us le furent d'abord par les consuls.

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Dans celle-ci, les lois ont pourvu à lu cunslitulion, ou s'y sont accommodées ; le principe du gouvernement airête le monarque : mais, dans une république oîi un citoyen se fait donner ( I ) un pouvoir exorbitant, l'abus de ce pouvoir est plus grand , parceque les lois , qui ne l'ont point prévu , n'ont rien fait pour, l'arrêter.

L'exception à cette règle est lorsque la constitution de l'état est telle qu'il a besoin d'une magistrature cpai ait un pouvoir exorbitant. Telle étoit Rome avec ses dictateurs ; telle est Venise avec ses inquisiteurs d'état : ce sont des magistratures terribles, qui ramènent violemment l'état à la liberté. Mais d'où vient c|ue ces magistratures se trouvent si différentes dans ces deux républiques? C'est que Rome dêfendoit les restes de son aristocratie contre le peuple , au lieu que Venise se sert de ses inquisiteurs d'état pour maintenir son aristocratie contre les nobles. De là il suivoit qu'à Rome la dictature ne devoit durer que peu de temps, parceque le peuple agit par sa fougue, et non pas par ses desseins. Il falloit que cette magistrature s'exerçât avec éclat , parceq^a'il s'agissoit d'intimider le peuple , et non pas de le punir ; que le dictateur ne fût créé que pour une seule affaire , et n'eût une autorité sans

(i) C'est ce qui renversa la république romaine. Voyez les Considérations sur les causes de la granlenr des Roniains et de leur décadence.

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