LIVRE X, Cil A P. ill. 6î
rendre ici liommage à nos lem])s modernes , à la raison présente, à la religion d'aujourd'iiui , à notre p]iiloso'>ltie , à nos mœurs.
Les auteurs de notre droit ]>ubiic, fondés sur les liistoires anciennes, étant sortis des cas rigides , sont tombés dans de grandes erreurs. Ils ont donné dans l'arbitraire; ils ont suppose dans les conquérants un droit, je ne sais quel, de tuer : ce qui leur a fait tirer des conséquences terribles comme le principe , et élablir des maximes que les conquérants eux-mêmes, lorsqu'ils ont eu le moindre sens , n'ont jamais j)rises. Il est clair que lorsque la conquête est faite , le conquérant n'a plus le droit de tuer , ])uisqu il n'est plus dans le cas de la défense naturelle et de sa propre conservation.
Ce qui les a fait penser ainsi , c'est qu'ils ont cru que le conquérant avoit le droit de détruire la société : d'où ils ont conclu qu'il avoit celui de détruire les liommes qui la composent; ce qui est une conséquence faussement tirée d'un taux principe. Car , de ce que la société seroit anéantie, il ne s'ensuivroit pas que les liommes qui la forment dussent aussi être anéantis. La société est l'union des liommes , et non pas les hommes ; le citoyen peut périr , et l'homme rester.
Du droit âc tuer dans la conquête les politiques ont tiré le droit de réduire en servitude : mais !a conséquence est aussi mai fondée que le principe.
On li'a droit de réduire en servitude que r.srr.. DES i.oïs. a. 4
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lorsqu'elle est nécessaire pour la conservation de la conquête. L'objet de la conquête est la conservation : la servitude n'est jamais l'objet de la conquête; mais il peut arriver qu'elle soit un moyen nécessaire pour aller à la conservation.
Dans ce cas , il est contre la nature de la chose que cette servitude soit éternelle. Il faut que le peuple esclave puisse devenir sujet. L'esclavage dans la conquête est une chose d'accident. Lorsqu'après un certain espace de temps toutes les parties de Tétat conquérant se sont liées avec celles de l'état conquis , par des coutumes , des mariages , des lois , des associations , et une certaine conformité d'esprit, la servitude doit cesser. Car les droits du conquérant ne sont fondés que sur ce que ces choses-là ne sont pas , et qu'il y a un éloignement entre les deux nations tel que l'une ne peut pas prendre confiance en l'autre.
Ainsi le conquérant qui réduit le peuple en servitude doit toujours se réserver des moyens ( et ces moyens sont sans nombre ) pour l'en faire sortir.
Je ne dis point ici des choses vagues. Nos Itères , qui conquirent l'emjjire romain , en agirent ainsi. Les lois qu'ils firent dans le feu , dans l'action , dans l'impétuosité , dans l'orgueil de la victoire , ils les adoucirent : leurs lois étoientdures,ils les rendirent impartiales. Les Bourguignons, les Goths et les Lombards, vouloient toujours que les Romains fussyt le
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peuple vaincu ; les lois d'Eur ic , de Gondebaud et de Rotharis , firent du Barbare et du Romain des concitoyens (i\
Charlemag;ne , pour domter les Saxons , leur ôta l'ingénuité , et la propriété des biens. Louis le Débonnaire les affranchit (2) : il ne fit rien de mieux dans tout son règne. Le temps et la servitude avoient adouci leurs mœurs ; ils lui furent toujours fidèles.