CHAPITRE IV
Quelques avantages du peuple conquis.
A.U lieu de tirer du droit de conquête des conséquences si fa taies, les politiques auroient mieux fait de parler des avantages que ce droit peut quelquefois apporter au peuple vaincu. Ils les auroient mieux sentis si notre droit des gens étoit exactement suivi , et s'il étoit établi dans toute la terre.
Les états que l'on conquiert ne sont pas ordinairement dans la force de leur institution. La corniption s'y est introduite ; les lois y ont cessé d'être exécutées ; le gouvernement est devenu oppresseur. Qui peut douter qu'un état pareil ne gagnât et ne tirât quelques avantages de la conquête même , si elle n'étoit pas
(1) Voyez le code des lois des Barbares, et le liv. XXVIII ci-après. — (2) Voyez l'auteur incertain de la vie de Louis le Débonnaire , dans le recueil de Duchesne, tome II, p. 296.
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destructrice ? Un gouvernement parvenu au point où il ne peut plus se réformer lui-même , ([ue perdroil-il à être refondu? Un conquérant qui entre chez un peuple où, par mille ruses et mille artifices, le riche s'est insensiblement ])ratiqué une infinité de moyens d'usurper ; où le malheureux qui gémit , \oyant ce qu'il croyoit des abus devenir des lois , est dans r(î[)pression , et croit avoir tort de la sentir; un conquérant, dis-je, j)eut dérouter tout, et la tyrannie sourde est la première chose qui souffre la violence.
On a vu, par exemple , des états opprimés par les traitants être soulagés par Je conquérant , qui n'avoit ni les engagements ni les besoins ciu'avoit le prince légitime. Les abus se trouvoient corrigés sans môme que le conquérant les corrigeât.
Quelquefois la frugalité de la nation conquérante l'a mise en état de laisser aux vaincus le nécessaire , qui leur étoit ôté sous le prince légitime.
Une conquête peut détruire les préjugés nuisibles , et mettre , si j'ose parler ainsi , une nation sous un meilleur génie.
Quel bien les Espagnols ne pouvoient-l!s ]^as faire aux Mexicains ! Ils avoient à leur donner une l'eligion douce ; ils leur apportèrent une superstition furieuse. Ils auroient pu rendre libres les esclaves ; et ils rendirent esclaves les hommes libres. Ils pouvoient les éclairer sur l'abus des sacrifices humains ; au
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lieu de cela , ils les cxierininerciiî:. Je r.aurois jamais fini si je voulois raconter tous les biens qu'ils ne firent pas , et tous les maux qu'ils firent.
C'est à up conquérant à réparer une partis des maux qu'il a faits. Je définis ainsi le droit de conquête : un droit nécessaire , légitime et mallieureux , qui laisse toujours à jiayer une dette immense pour s'acquitter envers la nature humaine.