‹ De l'esprit des loixChapitre 184 sur 313 · LIVRE X, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. XIV

quéi'ant qui est pleuré de tous les peuples qu'il a soumis? Qu'est-ce que cet usurpateur sur la mort duquel la famille qu'il a renversée du trône verse des larmes? C'est un trait de cette vie dont les historiens ne nous disent pas que quelque autre conquérant puisse se vanter.

Rien n'affermit plus une conquête que l'union qui se fait des deux peuples par les mariages. Alexandre prit des femmes de la nation qu'il avoit vaincue; il voulut que ceux de sa cour (i)en prissent aussi; le reste des Macédoniens suivit cet exemple. Les Francs et les Bourguignons (a'^ permirent ces mariages: les Wisigoths les défendirent (3) en Espagne , et ensuite ils les permirent: les Lombards ne les permirent pas seulement, mais même les favorisèrent (4) : quand les Pvomains voulurent affoiblir la Macédoine, ils y établirent qu'il ne pourroit se faire d'union par mariage entre les peuples des provinces.

Alexandre , qui cherchoit à unir les deux peuples, songea à faire dans la Perse un grand nombre de colonies grecques: il bâtit une infinité de villes, et il cimenta si bien toutes les parties de ce nouvel empire , qu'api'ès sa mort,

(i) Voyez Arrien, île expcd. ^lex. , lib. VII. — (2) Voyez la loi des Bourguicpaons , tit. "Xll, art. V. — (3) Voyez la loi des Wisigoths, liv. III, lit. V, §. 1, qui abroge la loi ancieuDe, quiavoit plus d'égards, y est-il dit, à la différence des nations que des conditions. — (4) Voyez la loi des Lombards , 1. II , fit. VII, §. I et 2.

7^ DE l'esprit des lois.

dans le trouble et la confusion des ])lus affreuses guerres civiles , après que les Grecs se furent pour ainsi dire anéantis eux-mêmes, aucune province de Perse ne se révolta.

Pour ne point épuiser la Grèce et la Macédoine, il envoya à Alexandrie une colonie de Juifs (i): il ne lui im])ortoit quelles mœurs eussent ces peuples , pourvu qu'ils lui fussent fidèles.

Il ne laissa pas seulement aux peuples vainf îis leurs mœurs , il leur laissa encore leurs lois civiles , et souvent même les rois et les ^gouverneurs qu'il avoit trouvés. I! mettoit les Macédoniens (2) à la tète des trouj)es, et les gens du pays à la tête du gouvernement: aiir.ant mieuxcourir risque de quelque infidélité j>nrticuliere (ce qui lui arriva quelquefois), ff!ie d'une révolte générale. Il respecta les traditions anciennes et tous les monuments de la gloire ou de la vanité des peuples. Les rois de Perse avoient détruit les temples des Grecs, des Babyloniens , et des Egyptiens ; il les rétablit (3): peu de nations se soumirent à lui sur les autels desquelles il ne fît des sacrifices: il sembloit qu'il n'eiit conquis que pour être le monarque particulier de chaque nation , et le

(i) Les rois de Syrie , abandonnant le plan des fondateurs de l'empire, voulurent obliger les Juifs a prendre les mœurs des Grecs ; ce qui donna à leur état de terribles secousses. — (2) Voyez Arrien, de exped. Alex., lib. III, et autres. — (3) Ibid.

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