‹ De l'esprit des loixChapitre 185 sur 313 · LIVRE X, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. XIV

premier citoyen de cliaqiie ville. Les Piomains conquirent tout pour tout détruire: il voulut tout conquérir jiour tout conserver; et, quelque ])ays qu'il parcourût , ses ])remieres idées , ses premiers desseins, furent toujours de faire quelque cliose qui put en augmenter la prospérité et la puissance. Il en trouva les premiers moyens dans la grandeur de son génie; les seconds, dans sa frugalité et son économie particuliere(i) ; les troisièmes, dans son immense prodigalité pour les grandes choses. Sa main se fermoir pour les dépenses privées; elle s'ouvroit pour les dépenses publiques. Falloit-il régler sa maison? c'étoit un Macédonien: falloit-il payer les dettes des soldats, faire part de sa conquête aux Grecs, faire la fortune de chaque homme de son armée ? il étoit Alexandre.

Il fit deux mauvaises actions; il brûla Persépolis , et tua Clitus. Il les rendit célèbres ])ar son repentir: de sorte qu'on oublia ses actions criminelles pour se souvenir de son respect j)Our la vertu ; de sorte qu'elles furent considérées plutôt comme des malheurs que comme des choses qui lui fussent propres ; de sorte que la postérité trouve la beauté de son ame presque à côté de ses emportements et de ses foiblesses; de sorte qu'il fallut le plaindre, et qu'il n'étoit plus possible de le haïr.

Je vais le comparer à César : quand César

(î) Voyez Ariicn, liL. \ll.

8o DK t'fcSPUlT DES LOIS.

voulut imiter les rois d'Asie, il désespéra les Romains pour une chose de pure ostentation; quand Alexandre voulut imiter les rois d'Asie , il fit une chose qui entroit dans le plan de sa conquête.

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