LIVRE XI, eu A p. -VI. Io
toujours séparée; c'est qu'elle est composée de plusieurs corps qui dépendent chacun de leur province particulière; c'est que les villes capitales SOI t des places excellentes, qui se défendent par leur situation seule, et où il n'y a point de troupes.
La Hollande est encore plus en sûreté que Venise ; elle subniergeroit les troupes révoltées, elle les feroit mourir de faim. Elles ne sont point dans les villes qui pourroient leur donner la subsistance; cette subsistance est donc précaire.
Que si, dans le cas où l'armée est gouvernée par le corps législatif, des circonstances particulières empêchent le gouvernement de devenir militaire, on tombera dans d'autres inconvénients. De deux choses l'une ; ou il faudra que l'armée détruise le gouvernement , ou que le gouvernement affoiblisse l'armée.
Et cet affoiblissement aura une cause bien fatale, il naîtra de la foiblesse même du gouvernement.
Si l'on veut lire l'admirable ouvrage de Tacite sur les Mœurs des Germains (i), on verra que c'est d'eux que les Anglais ont tiré l'idée de leur gouvernement politique. Ce beau système à été trouvé dans les bois.
(i) De minoribns rébus principes consahant, de majoribus omnes ; ita tamen ut ea quoque quorum pênes plebem arbitrium est apud principes pertractentur.
io4 i»E l'esprit des lois.
Comme toutes les clioses humaines ont une fin, l'état dont nous parlons perdra sa liberté, il périra. Rome , Lacédémone et Carthage , ont bien péri. Il périi'a lorsque la puissance législative sera plus corrompue que l'exécutrice.
Ce n'est point à moi à examiner si les Anglais jouissent actuellement de cette liberté, ou non ; il me suffit de dire qu'elle est établie par leurs lois, et je n'en cherche pas davantage.
Je ne prétends point par-là ravaler les autres gouvernements, ni dire que cette liberté politique extrême doive mortifier ceux qui n'en ont qu'une modérée. Comment dirois-je cela, moi qui crois que l'excès même de la raison n'est pas toujours désirable, et que les hommes s'accommodent presque toujours mieux, des milieux que des extrémités ?
Harrington , dans son Oceana, a aussi examiné quel étoit le plus haut point de liberté où la constitution d'un état peut être portée. Mais on peut dire de lui qu'il n'a cherché cette liberté qu'après l'avoir méconnue , et qu'il a bâti Chalcédoine ayant le rivage deByzance devant les yeux.