CHAPITRE XIII
Réflexions générales sur l'état de Rome après l'expulsion des rois.
O N ne peut jamais quitter les Romains : c'est ainsi qu'encore aujourd'hui, dans leur capitale, on laisse les nouveaux palais pour aller chercher des ruines ; c'est ainsi que l'œil qui s'est reposé sur l'émail des prairies aime à voir les rochers et les montagnes.
Les familles pati'iciennes avoienleu de tout temps de grandes prérogatives. Ces distinctions , grandes sous les rois, devinrent bien plus imjjortantes après leur expulsion. Cela causa la jalousie des plébéiens, qui voulurent les abaisser. Les contcsiàtions frappoient sur la constitution , sans affoibîir le gouvernement ; car, pourvu que les magistratures conservassent leur autorité, il étoit assez ijiditf'érent de quelle famille éloient les magisirats.
Une monarchie élective, comme étoit Rome, suppose nécessairement un corps aristocratique puissant qui la soutienne , sans quoi e'Ie se change d'abord en tyrannie ou eu état po-
(i) Dcïiys d'Halicarnasse, Uv. lY.
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pulaire. Mais un état populaire n'a pas besoin de cette distinction de familles pour se maintenir. C'est ce qui fit que les patriciens, qui étoient des parties nécessaires de la constitution du tero])sdes rois , en devinrent une partie superflue du temps des consuls ; le peuple put les abaisser sans se détruire lui-même, et changer la constitution sans la corrompre.
Quand Servius ïullius eut avili les patriciens, Rome dut tomber des mains des rois dans celles du ])euple. Mais le peuple , en abaissant les patriciens, ne dut point craindre de retomber dans celles des rois.
Un état peut changer de deux manières ; ou parceque la constitution se corrige , ou parcequ'elle se corrompt. S'il a conservé ses principes , et que la constitution change, c'estqu'elle se corrige : s'il a perdu ses principes quand la constitution vient à changer, c'est qu'elle se corrompt.
Rome , après l'expulsion des rois , devoit être une démocratie. Le peuple avoit déjà la puissance législative: c'étoitson suffrage unanime qui avoit chassé les rois ; et , s'il ne persistoit pas dans cette Aolonté, les Tarquins pouvoient à tous les instants revenir. Prétendre qu'il eût voulu les chasser pour tomber dans l'esclavage de quelques familles , cela n'étoit pas raisonnable. La situation des choses demandoit donc que Rome fût une démocratie . et ceoendant elle ne l'étoit lias. Il fallut
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temp<5rer le pouvoir des principaux , et que les lois inclinassent vers la démocratie.
Souvent les états fleurissent plus dans le passage insensible d'une constitution à une autre , qu'ils ne le faisoient dans l'une ou l'autre de ces constitutions. C'est pour lors que tous les ressorts du gouvernement sont tendus ; que tous les citoyens ont des prétentions ; qu'on s'attaque ou qu'on se caresse , et qu'il y a une noble émulation entre ceux qui défendent la constitution qui décline, et ceux qui mettent en avant celle qui prévaut.