‹ De l'esprit des loixChapitre 209 sur 313 · LIVRE XI, CHAP. XII. III · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAP. XII. III

prouver l'élection , le peuple la confirmer , les auspices la garantir. Si une de ces trois conditions manquoit, il falloit faire une autre élection.

La constitution étoit monarchique, aristocratique, et populaire ; et telle fut l'harmonie du pouvoir, qu'on ne vit ni jalousie ni dispute dans les premiers règnes. Le roi commandoit les armées , et avoit 1 intendance des sacrifices ; il avoit la puissance de juger les affaires civiles (i) et criminelles (2) ; il convoquoit le sénat ; il assembloit le peuple ; il lui portoit de certaines affaires , et régloit les autres avec le sénat (3).

I^e sénat avoit une grande autorité. Les rois prenoient souvent des sénateurs pour juger avec eux ; ils ne portoient point d'affaires au peuple qu'elles n'eussent été délibérées(4)dans le sénat.

Le peuple avoit le droit d'élire (5)les magis-

(i) Voyez le discours de Tanaquil, dans Tite-Live, liv. I, décade I ; et le réglenieut de Servius ïullius, dansDenys d'Halicarnasse, 1. IV, p. 229. — (2) Voyez Denys d'Halicarnasse,!. II , p. 1 1 8 ; et 1. III, p. i 7 i. — (3) Ce fut par un sénatus-consulte que TuUus Hoslilius envoya détruire Albe. Denys d'Halicarnasse,!. III, p. 167 et 172. — (4) Ibid. 1. IV. p. 276. — (5) Ibid. 1. II. Il falloit pourtant qu'il ne nommât pas à toutes les cliarges, puisque Valerius Publicola fit la fameuse loi qui défendoit ri tout citoyen d'exercer aucun emploi s'il ne l'avoit obtenu par le suffrage du peuple.

trats , de consentir aux nouvelles lois, et , lorsque le roi le permettoit, celui de déclarer la guerre et de faire la paix. Il n'avoit point la puissance de juger. Quand Tullus Hostilius renvoya le jugement d'Horace au peuple , il eut des raisons particulières que l'on trouve dans Denys d'Halicarnasse (i).

La constitution changea sous (a^Servius TuUius.Lesénatn'eutpoint départ à son élection; il se fit proclamer par le peuple. Use dépouilla des jugements (3) civils , et ne se réserva que les criminels. Il porta directement au peuple toutes les affaires : il le soulagea des taxes , et en mit tout le fardeau sur les patriciens. Ainsi , à mesure qu'il affoiblissoit la puissauce royale et l'autorité du sénat , il auginentoit le pouvoir du peuple (4).

Tarquin ne se lit élire ni par le sénat ni par le peuple : il regarda Servius Tuliius comme un usurpateur , et prit la couronne comme un droit héréditaire ; il extermina la plupart des sénateurs ; il ne consulta plus ceux qui restoient , et ne les appela pas même à ses jugements ( 5 ). Sa puissance augmenta. Mais ce qu'il y avoit d'odieux dans cette puissance devint plus odieux encore : il usurpa le pouvoir

(i) Liv. III,p. x5g. — (2)Liv. IV. — (3) Il se priva de la moitié de sa puissance royale, dit Denys d'Halicarnasse, liv. IV, p. 229. — (4) Oncroyoitque, s'il n'avoit pas été prévenu par Tarquin, il anroit établi le gouvernement j)opulaire. Denys d'Halicarnasse , liv. IV, p. 243.— (5) Liv. IV.

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