LIVRE- XII, CHAP. IV. l/jS
amendes, la honte, la contrainte de se cacher, l'infamie publique, l'expulsion hors de la ville et de la société , enfin toutes les peines qui sont de la juridiction correctionnelle, suffisent pour réprimer la témérité des deux sexes. En effet, ces choses sont moins fondées sur la méchanceté , que sur l'oubli ou le mépris de soi-même.
Il n'est ici question que des crimes qui intéressent uniquement les mœurs , non de ceux •/qui choquent aussi la sûreté publique , tels que l'enlèvement et le viol, qui sont de la quatrième espèce.
Les crimes de la troisième classe sont ceux qui choquent la tranquillité des citoyens ; et les peines en doivent être tirées de la nature de la chose, et se rapporter à cette tranquillité, comme la privation , l'exil , les corrections , et autres peines qui ramènent les esprits inquiets et les font rentrer dans l'ordre établi.
Je restreins les crimes contre la tranquillité aux choses qui contiennent une simple lésion de police : car celles qui , troublant la tranquillité, attaquent en même temps la sûreté, doivent être mises dans la quatrième classe.
Les peines de ces derniers crimes sont ce qu'on appelle des supplices. C'est une espèce de talion , qui fait que la société refuse la sûreté à un citoyen qui en a privé ou qui a voulu en priver un autre. Cette peine est tirée de la nature de la chose , puisée dans la raison et dans les sources du bien et du mal. Un ci-
ESPR. DES LOIS. 2, g
iliG DE l'esprit des lois.
toyen mérite la mort lorsqu'il a violé la sûreté au point qu'il a ôté la vie , ou qu'il a entrepris de l'ôter. Cette peine de mort est comme le remède de la société malade. Lorsqu'on viole la sûreté à l'égard des biens , il peut y avoir des raisons pour que la peine soit capitale : mais il vaudroit peut-être mieux, et il seroit plus de la nature, que la peine des crimes contre la sûreté des biens fût punie par la perte des biens ; et cela devroit être ainsi , si les fortunes étoient communes ou égales. Pilais comme ce sont ceux qui n'ont point de bien qui attaquent plus volontiers celui des autres , il a fallu que la peine corporelle suppléât à la pécuniaire.
Tout ce que je dis est puisé dans la nature , et très favorable à la liberté du citoyen.