LIVRE XII, CTIAP. XIII. l5<J
Auguste et Tibère y attachèrent pourtant la peine de ce crime (i); Auguste , à l'occasion de certains écrits faits contre des hommes et des femmes illustres; Tibère, à cause de ceux qu'il crut faits contre lui. Rien ne fut plus fatal à la liberté romaine. Crémutius Cordus fut accusé parceque dans ses annales il avoit appelé Cassius le dernier des Romains (2).
Les écrits satyriques ne sont guère connus dans les états despotiques , où l'abattement d'un côté , et l'ignorance de l'autre , ne donnent ni le talent ni la volonté d'en faire. Dans la démocratie on ne les empêche pas , par la raison même qui, dans le gouvernement d'un seul , les fait défendre. Comme ils sont ordinairementcomposés contre des genspuissants, ils flattent dans la démocratie la malignité du peuple qui gou'verne. Dans la monarchie , on les défend ; mais on en fait plutôt un sujet de police que de crime : ils peuvent amuser la malignité générale, consoler les mécontents, diminuer l'envie contre les places , donner au peuple la patience de souffrir , et le faire rire de ses souffrances.
L'aristocratie est le gouvernement qui proscrit le plus les ouvrages satyriques. Les magistrats y sont de petits souverains , qui ne sont pas assez grands pour mépriser les in-
(i) Tacite, Annales, liv. I. Ola continua sous les règnes suivants. Voyez la loi première, au code f/e famos. libellis. — (2) Tacite, Annales, liv. IV.
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jures. Si, dans la monarchie, quelque trait va contre le monarque, il est si haut que le trait n'arrive peint jusqu'à lui ; un seigneur aristocratique en est percé de part en part. Aussi les décemvirs , qui formoient une aristocratie , punirent-ils de mort les écrits satyriques (i).