LIVRE XII, CUAP. XXI
des décemvirs de clioquer l'espril de la démo» cratie.
Ces lois cruelles contre les débiteurs mirent bien des fois en danger la république romaine. Un homme couvert de plaies s'écliappa de la maison de son créancier , et parut dans la pIace(i).Le peuple s'émut à ce spectacle. D'autres citoyens, que leurs créanciers n'osoient plus retenir , sortirent de leurs cachots. On leur fit des promesses ; on y manqua : le peuple se retira sur le Mont -Sacré. Il n'obtint pas l'abrogation de ces lois, mais un magistrat pour le défendre. On sortoit de l'anarchie, on pensa tomber dans la tyrannie. Manlius,pour se rendre populaire, alloit retirer des mains des créanciers les citoyens qu'ils avoient réduits en esclavage (2). On prévint les desseins de Manlius ; mais le mal restoit toujours. Des lois particulières donnèrent aux débiteurs des facilités de payer (3); et, l'an de Rome 428 , les consuls portèrent une loi (4) qui ôta aux créanciers le droit de tenir les débiteurs en servitude dans leurs maisons (5). Un usurier nommé Papirius avoit voulu corrompre la pudicité d'un jeune homme nommé Publius ,
(i) Deuys d'Halicarnasse, Antiquités roni. 1. "\'I. — (2) Plutarque, Vie de l'urius Camillus. — (3) Voyez ci après le chapitre XXIA'^ du livre XXII. — (4) Cent vingt ans après la loi des douze tables. Eo anno plebi romanae velut aliud iniliuin libertatis factuni est, quodnectidesicrunt. Tite-Live, liv. VIII. — (5) Bona debitoris, non corpus obnoiium esset. Ibid, ESPR. DES LOIS. 2. 10
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qu'il tenoit dans les fers. Le crime de Sextus donna à Rome la liberté politique; celui de Papirius y donna la liberté civile.
Ce fut le destin de cette ville , que des crimes nouveaux y confirmèrent la liberté que des crimes anciens lui avoient procurée. L'attentat d'Appius sur Virginie remit le peuple dans cette horreur contre les tyrans que lui avoit donnée le malheur de Lucrèce. Trentesept ans (i) après le crime de l'infâme Papirius, un crime pareil (2^ fit que le peuple se retira sur le Janicule (3), et que la loi faite pour la sûreté des débiteurs reprit une nouvelle force.
Depuis ce temps , les créanciers furent plutôt poursuivis par les débiteurs pour avoir violé les lois faites contre les usures , que ceuxci ne le furent pour ne les avoir pas payés.