‹ De l'esprit des loixChapitre 302 sur 313 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De lesclavage civil.

Xj'esclavaoe, proprement dit, est l'établissement d'un droit qui rend un homme tellement propre à un autre homme , qu'il est le maître absolu de sa vie et de ses biens. Il n'est

(i) Lettres édifiantes, rccaell TX , page 37S. — (2) .Tavois pensé que la doureur de resclavage, aux Indes, avoit fait dire à Diodore qu'il n'y avoit dans ce pays ni maître ni esclave : mais Diodore a attribué à toute l'Inde ce qui , selon Strabon, 1. XV, n'étoit propre qu'à une nation particulière.

LiVUh. XV, CHAP. I. 'JtA7

pas bon par sa nature : il n'est utile ni au maître ni à l'esclave; à celui-ci , parcequ'il ne peut rien faire par vertu ; à celui-là , parcequ'il contracte avec ses esclaves toutes sortes de ma":^Yaises habitudes, qu'il s'accoutume insensiblement à manquer à toutes les vertus morales, qu'il devient fier, prompt, dur, colère, voluptueux, cruel.

Dans les pays despotiques , où l'on est déjà sous l'esclavage politique, l'esclavage civil est plus tolérable qu'ailleurs. Chacun y doit être assez content d'y avoir sa subsistance et la vie. Ainsi la condition de l'esclavage n'y est guère plus à cliarge que la condition du sujet.

Mais dans le gouvernement monarchique, où il est souverainement important de ne point abattre ou avilir la nature humaine, il ne faut point d'esclave. Dans la dt-mocratie, où tout le monde est égal, et dans l'aristocratie, où les loijB doivent faire leurs efforts pour que tout le monde soit aussi égal que la nature du gouvernement peut le permettre, des esclaves sont contre l'esprit de la constitution; ils ne servent qu'à donner aux citoyens une puissance et un luxe rpi'ils ne doivent point avoir.

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