LIVRE IV, CHAP. II
veroit pas les bienséances , choquant tous ceux avec qui il vivroit, se décréditeroit au point qu'il deviendroit incapable de faire aucun bien.
Mais ce n'est pas d'une source si pure que la politesse a coutume de tirer son origine. Elle liait de l'envie de se distinguer. C'est par orgueil que nous sommes polis : nous nous sentons flattés d'avoir des manières qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse, et que nous n'avons pas vécu avec cette sorte de gens que l'on a abandonnés dans tous les âges.
Dans les monarchies, la politesse est naturalisée à la cour. Un homme excessivement grand rend tous les autres petits. De là les égards que l'on doit à tout le monde ; de là naît la politesse, quiflatteautant ceux qui sont ])olis que ceux à l'égard de qui ils le sont , parcequ'elle t'ait comprendre qu'on est de la cour, ou qu'on est digne d'en être.
L'air de la cour consiste à quitter sa grandeur propre pour une grandeur empruntée.
Celle-ci flatte plus un courtisan que la sienne même. Elle donne une certaine modestie superbe qui se répand au loin, mais dont l'orgiiell diminue insensiblement à proportion de la distance où l'on est de la source de cette grandeur.
On trouve à la cour une délicatesse de goût en toutes choses, qui vient d'un usage continuel des superfluités d'une grande fortune,
Il4 DE l'esprit des LOIS.
de la variété et sur-tout de la lassitude des plaisirs, de la multiplicité, de la confusion même des fantaisies , qui , lorsqu'elles sont agréables, y sont toujours reçues.
C'est sur toutes ces choses que l'éducation se porte , pour faire ce qu'on appelle l'honnête homme, qui a toutes les qualités et toutes les vertus que l'on demande dans ce gouvernement.
Là l'honneur, se mêlant par-tout, entre dans tontes les façons de penser et toutes les manières de sentir, et dirige même les principes.
Cet honneur bizarre fait que les vertus ne sont que ce qu'il veut , et comme il les veut : il met , de son chef, des règles à tout ce qui nous est prescrit; il étend ou il borne nos devoirs à sa fantaisie , soit qu'ils aient leur source dans la religion, dans la politique, ou dans la morale.
II n'y a rien dans la monarcliie que les lois , la religion et l'honnei-r , prescrivent tant que l'obéissance aux volontés du prince : mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déslionore, parcequ'elle nous rendroit incapables de le servir.
Grillon refusa d'assassiner le duc de Guise, mais il offrit à Henri llî de se battre contre lui. Après la S.-Barthélemi, Charles IX ayant écrit à tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots, le vicomte d'Orte , qui com-