‹ De l'esprit des loixChapitre 54 sur 313 · LIVRE V, CHAP. V. l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. V. l

son origine des républiques , dont l'esprit étoit de ne pas mettre sur la même tète deux portions de fonds de terre , et par conséquent deux hérédités. Quand un homme épousoit sa sœur du côlé du père , il ne pouvoit avoir qu'une hérédi'é, qui étoit celle de son père; mais, quand il épousoit sa sœur utérine, il pouvoit arriver que le père de cette sœur, n'ayant pas d'cnfanls mâles ,lui laissât sa succession , et que par conséquent son frère, qui l'avcit épousée , en eût deux.

Qu'on ne m'objecte pas cequeditPhilon(i), que , quoiqu'à Athènes on épousât sa sœur consan£,uine , et non pas sa sa^ur utérine , on pouvoit à Lacédémone épouser sa sœur utéi'ine et non pas sa sœur consanguine; car je trouve dans Strabon (2) , que quand à Lacédémone une sœur épousoit son frère , elle avoit pour sa dot la moitié de la portion du frère. Il est clair que cette seconde loi étoit, faite pour ])révenir les mauvaises suites de la première. Pour empêcher que le bien de la famille de la sœur ne passât dans celle du frère, on donnoit en dot à la sœur la moitié du bien du frère.

Séneque(3), parlant de Silanus qui avoit épousé sa sœur, dit qu'à Athènes la jiermission étoit restreinte, et qu'elle étoit générale à

(i) De specialihus legibus quae peiduent ad prsecepta Decalogi. — (i)Lib. X. — (3) Alheuis dimidiura licet, Alexaiidriae lotum. Senec. de moite Ciaudii.

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Alexandrie. Dans le gouvernement d'un seul, il n'étoit guère question de maintenir le par tage des biens.

Pour maintenir ce partage des terres dans la démocratie, c'étoit une bonne loi que celle qui vouloit qu'un père qui avolt plusieurs enfants en choisît un pour succéder à sa portion (i), et donnât les autres en adoption à quelqu'un qui n'eût point d'enfants, afin que le nombre des citoyens pût toujours se maintenir égal à celui des partages.

Phaléas de Chalcédoine (2) avoit imaginé une façon de rendre égales les fortunes dans une république où elles ne l'étoient pas. Il vouloit que les riches donnassent des dots aux pauvres et n'en reçussent pas, et que les pauvres reçussent de l'argent pour leurs filles et n'en donnassent pas. Mais je ne sache point qu'aucune république se soit accommodée d'un règlement pareil. Il met les citoyens sous des conditions dont les différences sont si frappantes, qu'ils haïroient cette égalité même que l'on chercheroit à introduire. Il est bon quelquefois que les lois ne paroissent pas aller si directement au but qu'elles se proposent.

Quoique dans la démocratie l'égalité réelle soit l'ame de l'état, cependant elle est si difficile à établir, qu'une exactitude extrême à cet égard ne conviendroit pas toujours. Il suffit

(i) Platon fait une pareille loi, liv. III des Lois. — (2) Aristote, Politique, liv. II, ch. A''II.

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que l'on établisse un cens (i) qui réduise ou lise les différences à un certain point; après ([uoi c'est à des l'ois particulières à égaliser, pour ainsi dire , les inégalités, par les charges f [u'elles imposent aux riches , et le soulagement, qu'elles accordent aux pauvres. Il n'y a f[ue les richesses médiocres qui puissent donner ou souffi'ir ces sortes de compensations ; car , pour les fortunes immodérées , tout ce qu'on ne leur accorde pas de puissance et d'honneur, elles le regardent comme une injure.

Toute inégalité dans la démocratie doit être tirée de la nature de la démocratie et du principe même de l'égalité. Par exemple , on y peut craindre que des gens qui auroient besoin d'un travail continuel pour vivre ne fussent trop appauvris par une magistrature , ou qu'ils n'en négligeassent les fonctions ; que des artisans ne s'enorgueillissent; que des affranchis trop nombreux ne devinssent plus puissants que les anciens citoyens. Dans ces cas , l'égalité entre les citoyens (2) peut être ôtée dans la démocratie pour l'utilité de la démocratie. Mais

(i) vSoloa fît quatre classes: la première, de ceux qui avoicQt cinq cents mines de revenu, tant eu grains qu'en fruits liquides ; la seconde , de ceux qui en avoient trois cents, et pouvolent entretenir un cheval ; la troisième, de ceux qui n'en avoient que deux cents ; la quatrième, de tous ceux qui vi voient de leurs bras. Plutarque, Vie de Solon. — (a) Solon exclut des charges tons ceux du quatrième cens.

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ce n'est qu'une égalité apparente que l'onôte: car un homme ruiné par une magistrature seroit dans une pire condition que les autres citoyens ; et ce même homme , qui seroit obligé d'en négliger l^s fonctions, mettroit les autres citoyens dans une condition pire que la sienne ; et ainsi du reste.

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