‹ De l'esprit des loixChapitre 56 sur 313 · LIVRE V, CHAP. VI. iSy · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. VI. iSy

ri(;liesses, et que les mœurs n'y soient pas corrompueSc C'est que l'esprit de comme*'ce entraîne avec soi celui de frugalité, d'économie, (le modération, de travail , de sagesse, de tran- (lalUIté, d'ordre, et de règle. Ainsi, tandis (jiie cet esprit subsiste, les ricliesses qu'il produit n'ont aucun mauvais effet. Le mal arrive lorsque l'excès des richesses détruit cet esprit de commerce; on voit tout à coup naître les désordres de l'inégalité, qui ne s'étoient pas encore fait sentir.

Pour maintenir l'esprit de commerce , il faut que les principaux citoyens le fassent euxmêmes; que cet esprit règne seul, et ne soit point croisé jjar un autre ; que toutes les lois le favorisent; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres ; et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité , qu'il ait besoin de son travail pour conserver ou pour acquérir.

C'est upe très bonne loi, dans une république commerçante , que celle qui donne à tous les enfants une portion égale dans la succession des pères. Il se trouve par-là que , quelque fortune que le père ait faite, ses enfants, toujours moins riches que lui, sont portés à fuir le luxe et à travailler comme lui. Je ne parle que des républiques commerçantes j car, pour

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celles qui ne le sont pas, le législateui' a bien d'autres règlements à faire (i).

Il y avoit dans la Grèce deux sortes de républiques: les unes étoient militaires, comme Lacédémone; d'autres étoient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on vonloil que les citoyens fussent oisifs; dans les autres on cherchoit à donner de l'amour pour le tra\ail. Solon fit un crime de l'oisiveté, et voulut que chaque citoyen rendit compte de la manière dontilgagnoit sa vie. En effet, dans une bonne démocratie , où l'on ne doit dépenser que pour le nécessaire , chacun doit l'avoir ; car de qui le recevroit-on?

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