LIVRE V, en A p. VIII
lorsque les nobles se donnent le privilège de n'en point payer ; lorsqu'ils font des fraudes pours'en exempter (i); lorsqu'ils les appellent à eux sous prétexte de rétributions ou d'appointements pour les emplois qu'ils exercent; enfin quand ils rendent le peuple tributaire, et se partagent les impôts qu'ils lèvent sur eux. Ce dernier cas est rare ; une aristocratie , en cas pareil , est le plus dur de tous les gouvernements.
Pendant que Rome inclina vers l'aristocratie, elle évita très bien ces inconvénients. Les magistrats ne tiroient jamais d'appointements de leur magistrature. Les principaux de la république furent taxés comme les autres; ils le furent même plus, etcpielquefois ils le furent seuls. Eni'in, bien loin de se partager les revenus de l'état, tout ce qu'ils purent tirer du trésor public , tout ce que la fortune leur envoya de richesses , ils le distribuèrent aupeuple pour se faire pardonner leurs honneurs (2).
C'est une maxime fondamentale, qu'autant que les distributions faites au peu])le ont de pernicieui effets dans la démocratie, autant en ont-elles de bons dans le gouvernement aristocratique. Les premières font perdre l'esprit de citoyen, les autres y ramènent.
(1) Comme d.ms quelques aristocmties de dos jours: rien n'aiToiblit phis l'état. — (2) Voyez dans Strahon, livre XIV, comment les Rhodiens se conduisirent à cet csard.
l/, s DE l'esprit des LOIS.
Si l'on ne tlistri])ue point les revenus au peuple , il faut lui faire voir qu'ils sont bien administrés : les lui montrer, c'est en quelque manière l'en faire jouir. Cette chaîne d'orque l'on tendoit à Venise , les richesses que l'on portoit àRome dans les triomphes , les trésors que l'on pardoit dans le temple de Saturne , étoicnt véritablement les richesses du peuple.
Il est sur-tout essentiel, dans l'aristocratie , cpie les nobles ne lèvent pas les tributs. Le premier ordre de l'état ne s'en mêloit point à Rome; on en chargea le second, et cela même eut dans la suite de grands inconvénients. Dans une aristocratie où les nobles leveroient les tributs, tous les particuliers seroientà la discrétion des gens d'affaires •-, il n'y auroit point de tribunal supérieur qui les corrigeât. Ceux d'entre eux préposés pour ôter les abus aimeroient mieux jouir des abus. Les nobles seroient comme les princes des états despotiques , qui confisquent les biens de qui il leur })lait.
Bientôt les profits qu'on y feroit seroient regardés comme un patrimoine que l'avarice étendroit à sa fantaisie. On feroit tomber les fermes , on réduiroit à rien les revenus publics. C'est par-là que quelques états, sans avoir reçu d'échec qu'on jmisse remarquer, tombent dans une foiblesse dont les voisins sont surpris , et qui étonne les citoyens mêmes.
Il faut que les lois leur défendent aussi le iBommerce: des marchands si accrédités fe-