‹ De l'esprit des loixChapitre 59 sur 313 · LIVRE V, CHAl>. VI II. l/^iJ · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAl>. VI II. l/^iJ

roicnt toute sorte de monopoles. Le commerce est la profession des gens égaux; et, dans les états despotiques, les plus misérables sont ceux où le prince est marchand.

Les lois de Venise (i) défendent aux nobles le commerce qui pourroit leur donner, même innocemment, des richesses exorbitantes.

Les lois doivent employer les moyens les plus efficaces pour que les nobles rendent justice au peuple. Si elles n'ont point établi un tribun, il faut qu'elles soient un tribun ellesmêmes.

Toute sorte d'asile contre l'exécution des lois perd l'aristocratie; et la tyrannie en est tout près.

Elles doivent mortifier, dans tous les temps , l'orgueil de la domination. Il faut qu'il y ait, pour un temps ou pour toujours , un magistrat qui fasse trembler les nobles , comme les éphores à Lacédémone, et les inquisiteurs d'éta t à Venise ; magistratures qui ne son t soumises à aucunes formalités. Ce gouvernement a besoin de ressorts bien violents : une bouche de pierre (2) s'ouvre à tout délateur à Venise; vous diriez f[ue c'est celle de la tyrannie.

Ces magistratures tyranniques dans l'aristocratie ont du rapport à la censure de la dé-

(1) Amelol de la Houssaye, du gouvernement de Venise , part. III. La loi Claudia défendoit aux sénateurs d'avoir en mer aucun vaisseau qui tint plus de quarante rauids. Tite-Live, liv. \^l. ~— (2) Les délateurs y jettent leurs billets.

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mocratie , qui, par sa nature , n'est pas moins indépendante. En effet , les censeurs ne doivent point être recliercliés sur les choses qu'ils ont faites pendant leur censure ; il faut leur donner de la confiance , jamais du découragement. Les Piomains étoient admirables ; on pouvoit faire rendre à tous les magistrats (i^ raison de leur conduite , excepté aux censeurs (2).

Deux choses sont pernicieuses dans l'aristocratie; la pauvreté extrême des nobles , et leurs richesses exorbitantes. Pour prévenir leur pauvreté , il faut sur -tout les obliger de bonne heure à payer leurs dettes. Pour modérer leurs richesses, il faut des dispositions sages et insensibles; non pas des confiscations, des lois agraires, des abolitions de dettes, qui font des maux infinis.

Les lois doivent ôter le droit d'aînesse entre les nobles ^3) , afin que , par le partage continuel des successions , les fortunes se remettent toujours dans l'égalité.

Il ne faut point de substitutions , de retraits lignagers, d« majorais, d'adoptions. Tous les

(i) Voyez Tite-Live, liv. XLIX. Un censeur ne pouvoit pas même être troublé par un censeur ; chacun faisoit sa note sans prendre l'avis de son collègue ; et quand on lit autrement , la censure fut pour ainsi dire renversée. — (2) A Athènes, leslogistes, qui faisoient rendre compte à tons les magistrats , ne rendoient point compte eux-mêmes. — (-^) Cela est ainsi établi à Yeuise. Anielot de la Houssaye , pages 3o et 3i.

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moyens inventés pour perpéluer la grandeur des familles dans les états monarchiques ne sauroient être d'usage dans l'aristocratie (i).

Quand les lois ont égalisé les familles il leur reste à maintenir l'union entre elles. Les différents des nobles doivent être promptement décidés ; sans cela les contestations entre les personnes deviennent des contestations entre les familles. Des arbitres peuvent terminer les procès, ou les empêcher de naître.

Enfin il ne faut point que les lois favorisent les distinctions que la vanité met entz'e les familles , sous ]>rétexte qu'elles sont plus nobles ou plus anciennes ; cela doit être mis au rang des petitesses des particuliers.

On n'a qu'à jeter les yeux sur Lacédémone; on verra comment les éphores surent mortifier les foiblesses des rois, celles des grands , et celles du peuple.

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